L'auteure a été hospitalisée un mois à l'Hôtel-Dieu de Montréal, où elle a constaté le manque criant de personnel.

Santé: les coupures ont un impact... sur moi

J’ai souvent entendu monsieur le docteur Barrette, ministre de la Santé, dire, tant à l’Assemblée nationale qu’aux médias, que les coupures faites dans le secteur de la Santé n’avaient aucun impact sur les patients. Contrairement à ses dires, je vais lui narrer mon vécu au Pavillon Le Royer de l’hôpital Hôtel-Dieu. Il pourra en juger!

J’ai été hospitalisée durant tout le mois de septembre pour trouver les causes d’une carence en oxygène. Les soins médicaux et infirmiers que j’ai reçus m’ont été prodigués par un personnel compétent et consciencieux. Je ne crains pas d’ailleurs d’affirmer que si notre système hospitalier en est encore un de qualité, c’est grâce au personnel médical et infirmier qui maintient cette qualité par son professionnalisme et son dévouement.

Est-ce que messieurs les médecins Couillard, premier ministre, et Barrette, ministre de la Santé, trouveraient acceptables de voir leur mère hospitalisée à 90 ans changer cinq fois de chambre en un mois et être obligée de faire elle-même son lit tous les matins?

Est-ce qu’ils approuveraient le fait qu’elle doive désinfecter elle-même plusieurs fois par jour le téléphone, les poignées de porte de la salle de bain, la toilette et le lavabo parce que, à deux reprises et pendant cinq jours d’affilée parce que ses voisins de chambre passaient la plus grande partie de leur journée dans la rue et ne se lavaient jamais, pas même les mains?

Que diraient-ils si elle avait dû attendre un minimum de 20 à 45 minutes avant qu’un préposé ne réponde à son appel et à celui des autres?

Et pourquoi tous ces inconvénients nuisant à la qualité de vie quotidienne des patients, à leur moral et leur quiétude? Tout simplement parce que les coupures dans la Santé ont été tellement draconiennes que l’hôpital manque d’argent pour engager le personnel nécessaire au bien-être, aux soins et même à la sécurité des patients.

Après des plaintes formulées par ma famille et des notes à mon dossier venant des infirmières et même de certains médecins, on m’a gratifiée d’une chambre individuelle pour ma quatrième semaine. Mais, car il y a malheureusement un mais, le premier soir, alors que je venais de m’endormir, j’ai été réveillée en sursaut par une voix d’homme. J’ai crié de peur, car il était à côté de mon lit. Or, je le savais dans un état de confusion et j’ai craint pour ma sécurité. 

Après ma plainte, l’infirmière-chef a mis un surveillant dans sa chambre pour la nuit. À plusieurs reprises, durant la journée, il est encore entré dans ma chambre, une fois même en me criant par la tête. Malheureusement, pas question de mettre un surveillant dans sa chambre durant le jour. Pourquoi? Parce qu’il n’y avait que quatre préposés pour servir les 34 patients du département de médecine interne. Donc pas question d’en extraire un comme surveillant dans une chambre. Alors pour me protéger, qu’a-t-on fait? On a fermé ma porte et mis deux poubelles devant pour empêcher le patient d’entrer dans ma chambre!

Pourquoi si peu de personnel? Toujours à cause des coupures. De même, pas d’argent pour acheter des masques de nuit pour permettre à un patient de se cacher les yeux quand son voisin refuse d’éteindre sa lumière pour la nuit! Alors que deux médecins et le physiothérapeute m’avaient prescrit deux à trois marches par jour dans le corridor, je n’ai pu le faire, personne n’étant libre pour tirer ma bonbonne d’oxygène, encore par manque de personnel! Vous allez probablement me dire que maintenant, au CHUM, tout va bien et que toutes les chambres sont privées. Mais si on n’augmente pas le nombre de préposés, il n’y aura pas plus de soins quotidiens donnés, ni de réponses plus rapides aux appels.

Les infirmières aussi se sentent frustrées car, surchargées de travail, elles n’ont pas plus de temps, à part celui donné aux soins, pour s’attarder à parler avec leurs patients pour au besoin leur remonter le moral, les soutenir et les encourager. Elles sont pratiquement incapables, dans la situation actuelle, d’assurer cette partie humaine de leur travail et en éprouvent une profonde insatisfaction. Je tiens à souligner que ma partie de chambre, avec le téléphone et la salle de bain, était payée par mon assurance. 

Croyez-vous et direz-vous encore, messieurs les ministres, que vos coupures en santé n’ont aucun impact sur la qualité de vie des patients?

Giannina Mercier-Gouin, Montréal