L'auteur de cette lettre d'opinon ne minimise pas l’importance du lien entre l’élève et son enseignant et encore moins l’importance d’un enseignement stimulant, mais une grande partie de la motivation et du désir de bien s’exprimer, tant à l’oral qu’à l’écrit, revient à l’élève, à ses parents et à la société, écrit-il.

Sais pa tout jour là fotes dé z’en-saignant…

Débutons par une mise au point importante : je considère essentielle la promotion de l’apprentissage de l’anglais et du français. À tous ceux et celles qui affirment qu’il vaudrait mieux s’assurer de la maîtrise du français de nos élèves avant d’entreprendre l’enseignement de l’anglais, je réponds qu’il y aurait peu d’amélioration même en doublant le temps d’enseignement du français.

Je ne minimise pas l’importance du lien entre l’élève et son enseignant et encore moins l’importance d’un enseignement stimulant, mais une grande partie de la motivation et du désir de bien s’exprimer, tant à l’oral qu’à l’écrit, revient à l’élève, à ses parents et à la société.

Ma copine enseigne dans un cégep de la région et j’ai feuilleté le travail de fin de session de quelques-uns de ses étudiants. Ce n’est pas un cours de français, mais les étudiants avaient été mis au courant que ce travail servirait à noter les 20 % alloués au français pour ce cours. Dans plus de 75 % des cas, j’étais découragé. Des erreurs flagrantes comme «l’heure besoin» ou «elle sont arriver», alors que les étudiants pouvaient utiliser le logiciel Antidote, ou une page titre tout croche, alors qu’un modèle était à leur disposition, étaient monnaie courante. À qui la faute?

Au cours de mes études au baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire, un professeur m’a enseigné qu’on parle d’enseignant (et d’élève) du primaire ou du secondaire et de professeur (et d’étudiant) de cégep ou d’université. Ma réaction a été immédiate : je devais maîtriser cette distinction parce que la maîtrise du français est une partie intégrante de ma personne. Même réaction lorsque j’ai appris que le nom «trampoline» est masculin. C’est aussi logique de bien s’exprimer que d’éviter les crachats en public ou de se battre pour régler un différend. Tout au long de mes 15 années d’enseignement, principalement en cinquième année du primaire, j’ai tout donné pour stimuler mes élèves et les inciter à se dépasser et à remettre des travaux de qualité. 

Je crois que ma personnalité m’a aidé à créer d’excellents liens avec la majorité de mes élèves (j’aime bien l’expression «une main de fer dans un gant de velours»). Je leur ai aussi proposé des apprentissages qui n’étaient pas au programme, comme le genre de certains noms qui portent à confusion, et j’ai insisté sur plusieurs anglicismes à éviter. Malheureusement, si vous rencontrez un de mes anciens élèves, vous aurez probablement trois chances sur quatre qu’il vous souhaite une belle été ou un bon matin... 

Sébastien Champagne, Québec