Égide Kagimbura, Rwandais d’origine, vit à Chicoutimi depuis 2013 et a survécu miraculeusement au génocide.

Rwanda: «on attendait la mort»

CHRONIQUE / Égide Kagimbura avait 15 ans et vivait à Kigali au moment du génocide au Rwanda, en 1994. « Nous étions à la maison pendant les vacances et on attendait la mort. Depuis des années, nos voisins hutus n’arrêtaient pas de nous dire qu’ils allaient nous tuer un jour », raconte le Rwandais d’origine, qui vit à Chicoutimi depuis 2013.

Il y a 25 ans, le 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana explose et l’événement déclenche une guerre civile. « On disait que c’était les Tutsis qui l’avaient tué et les Hutus ont voulu se venger. Dès le lendemain, dans les médias, il y avait de l’incitation à la violence, il y avait une machette en première page », laisse savoir celui qui a survécu par miracle à ce massacre.

« Les Tutsis ont grandi dans une idéologie qui condamnait les Hutus. La haine était déjà ancrée dans les mentalités et ils nous considéraient comme des moins que rien, on nous comparait même à des sauterelles. Dès notre naissance, nous avions une carte qui nous identifiait comme Tutsi ce qui nous empêchait de poursuivre nos études à l’école secondaire. Nous n’y avions pas droit », met en relief celui qui a vécu toute sa jeunesse dans l’insécurité.

Faire face à la mort

« Le 7 avril au matin, on savait qu’ils allaient s’en prendre à nous et qu’on ne pouvait pas rester dans notre maison. Nous nous sommes réfugiés dans la maison de militaires français pas loin de notre demeure. Ils nous protégeaient. Nous étions quatre familles à l’abri des Hutus qui massacraient le pays », se rappelle Égide Kagimbura qui a accepté de raconter son histoire et témoigner de ce qui s’est passé il y a 25 ans.

« Trois jours après le début de la guerre civile, tous les étrangers devaient quitter le pays et les soldats français, chez qui nous étions réfugiés, sont retournés en France, nous laissant seuls dans leur maison », explique-t-il.

Les quatre familles étaient terrifiées et les vivres vinrent à manquer. « On savait qu’on allait mourir, on attendait la mort. Deux jours après le départ des militaires français, tôt le matin, nous avons entendu des coups de feu sans arrêt à l’extérieur de la maison. C’était très intense pendant 15 minutes au moins et après ce fut le silence total pendant une heure », témoigne le Rwandais qui était à peine adolescent.

« Après cette accalmie, on a entendu frapper à la porte. Nous étions sûrs d’y passer. On s’est collé les uns sur les autres, prêts à mourir. Quand la porte s’est ouverte, c’est un soldat du Front patriotique rwandais (FPR) qui est entré en disant ‘‘nous sommes venus vous sauver’’ », expose celui qui attribue sa survie à un miracle.

Des cadavres dans les rues

Les policiers militaires ont accompagné les familles hors de la maison pour les mettre en sécurité. « En sortant de la maison, il y avait des cadavres partout sur le sol et les chiens errants s’en nourrissaient, c’était affreux », relate l’homme de 40 ans.

Égide Kagimbura a continué de vivre au Rwanda jusqu’à l’âge de 19 ans pour terminer ses études secondaires avant de migrer aux États-Unis puis arriver à Montréal en 1998. « À Montréal, j’ai rencontré une fille de Jonquière et je l’ai suivie dans la région en 2013 », détaille le père de deux enfants. Il est retourné à deux reprises au Rwanda, dont une fois en 2011 avec ses enfants, pour visiter la famille.

Le Rwandais d’origine, qui travaille pour le Groupe de sécurité Garda Chicoutimi, considère les Rwandais comme des gens résilients qui ont réussi le vivre ensemble et la réconciliation après ce drame humain. Le massacre a fait 800 000 morts en trois mois. Égide Kagimbura est d’ailleurs invité à l’occasion par des établissements scolaires pour témoigner du génocide rwandais et de l’Afrique en général.

L’agent de sécurité qui vit maintenant à Chicoutimi dit avoir été en état de choc pendant quelques années. « Je vivais dans le déni, je voulais comprendre pourquoi les Hutus ont tué tous ces gens, j’avais de la haine et de la colère, mais je n’en parlais pas », confie cet homme qui s’exprime dans un français impeccable. « Le temps guérit beaucoup de choses », ajoute-t-il.

Égide Kagimbura se réjouit de ce qu’est devenu son pays aujourd’hui. Les Hutus et les Tutsis vivent ensemble dans le pays, en toute égalité, ils sont tous des Rwandais et il y a beaucoup d’espoir. Le Rwanda est un pays propre qui a banni les sacs de plastique et qui met en valeur ses parcs nationaux qui attirent de nombreux visiteurs. « De nombreux touristes se rendent au Rwanda pour observer une des rares populations de gorilles de montagne dans le monde », évoque celui qui avoue aimer la qualité de vie au Saguenay.