Plusieurs centaines de citoyens ont marché pour honorer la mémoire de la petite Rosalie Gagnon, mardi.

Rosalie! Pour que du creuset de l’horreur, jaillissent la Lumière et l’Espoir

Comme vous, j’ai été très choqué, voire bouleversé par la mort de la petite Rosalie Gagnon, dans la région de Québec. Et je l’ai été d’autant plus que je connais la mère de la «présumée meurtrière» depuis plus de 15 ans. Partant, je connaissais les efforts et les démarches de cette grand-mère pour ramener sa fille Audrey dans le «droit chemin», pour l’aider à garder la tête hors de l’eau.

Mais hélas, ça n’a pas fonctionné, et le pire, l’impensable s’est produit. Un être sans défense, une mignonne petite puce de deux ans a été littéralement broyée, écharpillée et jetée dans à la poubelle. C’est horrible, absurde et insensé. Un cauchemar collectif!

Qu’est-ce qui a déclenché cet acte de folie meurtrière? Comme vous, je ne le sais pas. C’est opaque. Plein de zones grises. Chose certaine, la responsabilité parentale, l’immaturité affective, la maladie mentale (comorbidité), la toxicomanie avérée, le père absent, la violence féminine, le manque de ressources et l’apathie d’une partie de l’entourage seront sûrement évoqués. Et si odieux ce filicide soit-il, je voudrais juste qu’au bout du processus, l’idée d’une réhabilitation possible accompagne celle d’une punition juste. Outre les monceaux de peluches et tout autre rituel de deuil collectif, c’est probablement ce que Rosalie aurait souhaité pour sa mère, si cette dernière est trouvée coupable et responsable d’homicide.

Un filet social aux mailles pourries

En attendant, la ministre déléguée à la Réadaptation, la Protection de la Jeunesse et la Santé publique, Lucie Charlebois, a ordonné une enquête pour voir ce qui aurait pu clocher du côté de la DPJ, cette instance mal-aimée. Pour voir de quelle façon ce terrible «cas» a pu passer au travers des mailles de notre filet de sécurité sociale.

La belle affaire ! Au-delà du fait qu’on trouvera bien un-e ou deux «coupables» pour porter le chapeau, se pourrait-il, ici, qu’on n’ait pas besoin d’enquête pour savoir ce que l’on sait depuis longtemps?

Que c’est notre système de Santé et des Services sociaux au complet qui est malade et rongé à l’os, à force d’avoir été tripoté, chamboulé et saigné à blanc par les coupes de l’austérité libérale et les multiples réformes, dont celle du ministre Barrette?

Que les ressources d’hébergement d’urgence pour femmes et enfants ne sont pas suffisamment nombreuses, et qu’il est totalement absurde que le seul centre du genre, à Montréal - la maison Kangourou - soit menacé de fermeture, faute d’argent? Un centre où, selon la directrice Josée Fortin, plus de 20% des parents catastrophés arrivent avec des plans de suicide ou d’infanticide en tête?

Que le délestage de ressources humaines (travailleurs sociaux, psys, etc.) des CLSC du Québec vers les GMF, outre de diluer la qualité de la première ligne, a provoqué un regrettable pelletage vers des milliers d’organismes communautaires déjà essoufflés et sous-financés?

Que les ressources actuelles sont totalement insuffisantes et inadéquates pour parer à l’augmentation des gens en psychoses induites par l’alcool et la toxicomanie? Et dire, comme l’appréhendent les psychiatres, qu’arrive bientôt le cannabis légalisé.

Que les coupures à l’aide sociale, celles en «prévention» de la maladie mentale et autres, et les fermetures de nombreuses ressources intermédiaires et urgences psychiatriques dues à l’hospitalo-centrisme du ministre Barrette, sont totalement contre-productives?

Que l’abolition du poste de chien de garde du Commissaire à la Santé et au Bien-être, procède d’une décision calamiteuse?

La primauté de la personne

Cela dit, sachant au Québec qu’au moins une personne sur deux atteinte d’un trouble de santé mentale, souffre aussi d’un autre trouble, ou est dépendante des substances, alcool, drogue, etc. (Kessler et autres-2011), je souhaite sincèrement que la formule La Primauté de la Personne du Plan d’Action en Santé mentale-2015 (PASM-2015), devienne autre chose qu’une formule éthérée et pompeuse, et que le famélique budget de la santé mentale au Québec soit enfin augmenté selon les besoins réels de la population.

Pareillement, je voudrais bien qu’on arrête de punir la pauvreté morale, intellectuelle, sociale et physique, et s’agissant de santé mentale, qu’on axe davantage nos politiques sur les grands déterminants (logement, travail, estime de soi, réseau social, etc.), en les croisant avec des concepts universels comme la Santé Mentale Positive.

Pour qu’une alchimie sociétale puisse se faire et que du creuset de l’horreur jaillissent l’espoir et la lumière.

Et pour que Rosalie ne soit pas morte en vain.

Gilles Simard, Québec