Rêver mieux

Alison Munson
Alison Munson
Professeure en écologie forestière, Université Laval
POINT DE VUE / «Tu me demandes combien je fais/ je fais de mon mieux. Et ce mieux combien c’est ? / Ce mieux est juste parfait» Daniel Bélanger, 2001, de l’album Rêver Mieux

Vu au dos du t-shirt que portait Hubert Lenoir au spectacle de la Saint-Jean. Aussi évocateur qu’un drapeau bleuet blanc. Ça fait longtemps déjà que Daniel a sorti cet album, mon préféré parmi ses disques. Un album de génie : les paroles, l’art graphique, la musique qui nous amène dans l’espace (Spoutnik) et à vélo. Encore aujourd’hui, sa puissance d’évocation frappe toujours aussi fort. Nous avons un besoin profond d’exprimer les mouvements de la conscience et de l’âme par la musique et par la culture en général. Rêver mieux, qu’est-ce que ça signifie actuellement pour notre société, à la recherche d’un avenir post-pandémie, ou peut-être un avenir où il nous faudra apprendre à vivre avec une pandémie chronique ? Croiser la culture, sa communauté et le climat-environnement sur la route du mieux rêver : Culture. Klô Pelgag l’a si bien dit à propos de la culture dans une entrevue il y a quelques semaines. «Notre travail c’est de nommer» (Le Devoir, 27juin). Nommer la peur, l’anxiété, la tristesse, le deuil (pandémie), mais aussi la joie, la surprise, l’amour de tous les jours. Tout ce qu’on ne peut pas dire facilement. La culture c’est notre âme. L’ignorer, la marginaliser, la prendre à la légère surtout en temps difficile, quand nous en avons tellement besoin, est carrément dangereux. Afin de forger une société profonde et forte, qui cherche à se souder en temps difficile, il faut voir la culture comme une base essentielle, cruciale. Renforcer la production artistique dont on peut être fière. 

Nommer. Communauté. Avez-vous trouvé «votre» communauté pendant le confinement ? À quoi ressemble-t-elle ? Sans elle, comment un individu pourrait-il trouver soutien ? Ma communauté combine de façon éclectique famille immédiate, amis anciens et actuels, collègues proches du domaine scientifique, écrivains drôles et fantastiques sur Twitter, jardiniers amateurs, architectes paysagers. Il est de plus en plus clair que je me sens en affinité avec cette communauté. Certains membres sont devenus des personnages dans le roman que j’essaie d’écrire. Nous avons tous besoin de gens qui nous appuient dans ce qu’on est, et qui nous donnent de la direction à nos rêves. Trouvez votre direction et trouvez votre communauté. Mais n’oublions pas d’aider ceux qui ont perdu la leur pour toutes sortes de raisons. 

Cherchons aussi à soutenir nos aînés par tous les moyens, par exemple en favorisant le partage de leur sagesse et leur perspective, leur interaction avec les jeunes, et en rendant les résidences plus humaines et plus ouvertes. Enfin pour tous ceux qui arrivent d’autres pays, les aider à ce qu’ils trouvent leur communauté d’affinités. Ils ont tant besoin d’appui solide et vrai. Climat-environnement. 

C’est mon travail de tous les jours, et ma bataille d’écologue qui voit son monde naturel disparaître au profit d’une croissance économique sans fin. Plus d’emplois, plus de «richesses» pour acheter des maisons encore plus grandes. Mais pourquoi, «ce mieux ne peut pas être juste parfait ?» Le Groupe de travail pour une reprise économique résiliente (repriseresiliente.ca) recommande l’investissement important dans l’infrastructure et capital naturel qui favorisera la résilience de nos communautés et nos écosystèmes dans un contexte de changement climatique: augmenter l’espace naturel géré par les groupes autochtones; restaurer les écosystèmes à grande échelle; mettre en place les programmes d’infrastructure verte à toutes les échelles. On peut créer des emplois qui vont soutenir la culture, la communauté, le climat (réduction des gaz à effet de serre). L’énergie renouvelable est déjà un secteur en forte croissance (Clean Energy Canada, 2019). 

Accélérons cette tendance en refusant l’exploitation et le transport des énergies non renouvelables de pétrole. M. Legault a déjà lancé la formation d’une nouvelle cohorte de préposés et la construction de nouvelles maisons pour aînés. Continuons dans cette lancée afin d’appuyer tous ceux qui sont en marge, qui cherchent leur place dans une communauté qui les respecte vraiment. Notre société a tout le potentiel de créer une vie sociale plus juste et plus écologiquement viable. Une société qui veut vivre autrement, c’est-à-dire axée sur la culture, sur la vie communautaire et qui se donne comme objectif d’arrêter la perte d’espèces indigènes et leurs habitats. Une vision alternative du «vivre ensemble».