«Le bon fonctionnement de l’économie s’appuie sur une disponibilité suffisante d’argent comptant et les considérations sont également d’ordre moral et sociétal», écrit Steven Meitin, président de l’Association canadienne du transport sécurisé.
«Le bon fonctionnement de l’économie s’appuie sur une disponibilité suffisante d’argent comptant et les considérations sont également d’ordre moral et sociétal», écrit Steven Meitin, président de l’Association canadienne du transport sécurisé.

Restreindre la libre circulation de l’argent comptant fragilise les plus vulnérables de notre société

POINT DE VUE / À la suite de l’article «La pandémie fait diminuer encore plus l’attrait du paiement en espèces» paru le 28 mai 2020 dans Le Soleil sous la plume de Nicole Thompson, l’Association canadienne du transport sécurisé (CAST) réitère le rôle vital que joue l’argent comptant dans notre société.

L’article reprend avec justesse l’avertissement de la Banque du Canada selon lequel la décision de refuser l’argent comptant pourrait être désastreuse pour les plus vulnérables, dont les sans-abri et autres personnes n’ayant pas de compte bancaire. Pensons également aux personnes âgées ayant plus de difficultés avec la technologie, aux non-voyants, aux personnes ne détenant pas de carte de crédit, aux organismes de bienfaisance qui dépendent des collectes de sous (comme les coquelicots pour les vétérans, les jonquilles pour le cancer, les dons à l’Armée du Salut), les pourboires dans l’industrie du service, et la liste est encore longue.

Le bon fonctionnement de l’économie s’appuie sur une disponibilité suffisante d’argent comptant et les considérations sont également d’ordre moral et sociétal. Dans un rapport publié en mars cette année, Option consommateurs sonne l’alarme en invoquant que l’élimination de l’argent comptant expose les consommateurs à de nombreux risques, tant financiers qu’opérationnels. À l’instar de la Banque du Canada, ce rapport soulève le risque d’exclusion à l’égard des consommateurs à faible revenu, les aînés et les personnes les moins scolarisées qui sont plus dépendants du numéraire.

Le rapport fait également état du choix démocratique que les consommateurs veulent conserver en choisissant eux-mêmes leur mode de paiement. De plus, le numéraire procure des avantages que les cartes de paiement ne peuvent véritablement remplacer, notamment la protection de la confidentialité et de l’anonymat, tout en aidant de nombreuses personnes à gérer leur niveau d’endettement.

L’argent comptant s’avère également d’une importance cruciale comme plan de contingence ou en urgence. Nul n’est à l’abri des défaillances informatiques et des pannes d’électricité qui empêchent l’utilisation des cartes de paiement ni des situations hors de notre contrôle comme nous le vivons malheureusement trop ces jours-ci. Il est donc essentiel de protéger les différentes options de paiement pour les biens et services que les consommateurs désirent se procurer.

D’un point de vue des commerçants, nombreux sont ceux qui apprécient grandement les avantages de l’argent comptant, la majorité jugeant les frais rattachés aux cartes bancaires et de crédit trop élevés.

Enfin, quant à l’argument entourant la propreté du numéraire, il s’agit ici d’un faux débat. De nombreuses études ont démontré que de façon générale, les billets de banque ne représentent pas un risque particulièrement élevé d’infection comparativement à d’autres types de surfaces fréquemment touchées au quotidien. Le lavage des mains et autres mesures d’hygiène s’avèrent la meilleure protection selon les recommandations de la santé publique.

Nous cherchons tous avec raison des moyens de freiner la propagation de la COVID-19. Restreindre la libre circulation de l’argent comptant n’est pas une solution, mais aggrave plutôt la longue liste de problèmes auxquels nous devons actuellement faire face tout en fragilisant encore davantage les plus vulnérables de notre société.