Résistez au chant des sirènes

Lettre pour le nouveau ministre de l’Éducation Jean-François Roberge

Vous venez d’hériter de grandes et lourdes responsabilités. En tant que ministre de l’Éducation, vous devrez prendre position sur de multiples questions et choisir. Votre chef et vous mettez l’accent sur l’importance de l’éducation et je ne peux que m’en réjouir. Ceci dit, cela peut aussi être inquiétant, car vous devrez éviter tous les pièges dans lesquels vos prédécesseurs sont tombés les uns après les autres.

Tout comme vous, je suis enseignant, mais je suis perplexe devant vos constats. À vous entendre, une bonne partie de la solution passe par une meilleure formation initiale du personnel enseignant, une formation continue accrue et la création d’un ordre professionnel. Il n’y a qu’un tout petit pas à franchir pour comprendre que vous identifiez les enseignantes et enseignants comme le problème en éducation. Pour moi, elles et ils ne sont pas le problème, mais bien la solution.

Et si vous changiez la façon d’être ministre de l’Éducation? Et si vous écoutiez les solutions amenées depuis tant d’années par celles et ceux qui font l’école? Et si les enseignantes et enseignants du Québec avaient raison depuis toutes ces années? N’avez-vous jamais eu le sentiment lorsque vous étiez enseignant que les décisions prises n’avaient aucun lien avec ce que vous et vos élèves viviez?

Vous rencontrerez au cours des prochains mois des supposés experts qui vous expliqueront à coup de graphiques, de courbes de performance et de plans stratégiques ce qu’il faut faire pour régler les problèmes de notre système d’éducation. Vous devez résister à ces gens. Vous devez cesser d’écouter ceux qui ont créé les problèmes et vous tourner vers celles et ceux qui ont l’expertise de vivre l’école au quotidien. Résistez à l’appel de ceux qui nous ont amené dans ce gouffre, résistez au chant des sirènes.

Martin Lauzon, Blainville