Les candidats doivent tenir compte des différents biais des votants tout en faisant payer par l’ensemble des contribuables les coûts de leurs promesses orientées vers des clientèles ciblées.

Répondre aux biais des électeurs

La campagne électorale est officiellement en cours. Comme les candidats doivent répondre aux préférences des votants, il est pertinent de se demander si les votants ne présentent pas certains biais dans leurs préférences qui expliquent le contenu des discours peu orientés vers la retenue. Ces biais seraient présents dans les différentes démocraties, incluant la nôtre.

L’économiste Bryan Caplan identifie quatre familles de croyances ou de biais qui sont généralement partagés par les votants et qui entraînent la détermination d’un cadre hostile à la décentralisation ou au marché et, par conséquent, favorable à la multiplication des interventions gouvernementales et à un certain autoritarisme. Résumons-les tout en reprenant la page frontispice de la revue qui a reproduit son texte.

Le premier biais concerne la dépréciation du pouvoir des processus de marché. Dans son Histoire de l’analyse économique, Schumpeter l’a très bien exprimé :

«Comme Adam Smith devait le faire observer, [...] nous ne devons pas notre pain au bon vouloir du boulanger, mais à son intérêt personnel, vérité banale qu’il est utile de répéter sans cesse, afin de détruire l’indéracinable préjugé selon lequel tout acte accompli en vue du profit est par cela même antisocial.» (Schumpeter 1954 (2004: 329)).

Le deuxième biais touche à la peur d’établir des relations avec l’étranger, ce qui favorise les diverses mesures protectionnistes qui prennent d’ailleurs différentes formes. La promotion de l’achat de produits locaux en est un exemple. Le commerce international n’est pourtant rien d’autre qu’une forme de technologie qui permet aux exportations du porc québécois à être transformées en importations de pétrole et de voitures. 

Le troisième biais porte sur le recours au nombre de travailleurs comme critère d’évaluation au lieu de la rentabilité ou du surplus engendré par un projet. Le progrès technologique, source d’augmentation de la richesse collective, devient alors perçu comme destructeur d’emplois.

Ce biais est très présent dans les annonces de projets par les gouvernements; l’accent est mis sur la création d’emplois lors de la construction et sur un estimé habituellement optimiste sur le nombre de travailleurs permanents. Les aspects de rentabilité du projet sont ignorés.

Le quatrième et dernier biais est le pessimisme, une tendance à surestimer la sévérité des problèmes et à sous-estimer la performance de l’économie. Voici un biais favorable à la création de crises pour un système centralisé. La crise peut être réelle ou fictive, mais elle a la propriété de faire bouger le système. 

De son côté, la décentralisation s’identifie à une forme de lâcher-prise sur l’économie et la société et ainsi elle exige un certain degré d’optimisme.

Deux facteurs québécois

Deux facteurs renforcent ces biais au Québec : le statut de groupe minoritaire en Amérique du Nord et l’histoire religieuse du Québec. Le statut de minoritaire favorise le recours au langage guerrier : devant l’ennemi, il ne faut pas se diviser, mais être solidaire. Les interventions du Gouvernement du Québec faciliteraient ainsi notre identification «en faisant de nous des Québécois».  

La faible fréquentation des lieux de culte ne signifie pas que la tradition religieuse des citoyens a été effacée. Le monopole catholique chez les francophones a alimenté un biais favorable au corporatisme des groupes d’intérêts et défavorable à la concurrence et à la tradition libérale de la liberté individuelle et d’initiative. 

Les candidats doivent tenir compte des différents biais des votants tout en faisant payer par l’ensemble des contribuables les coûts de leurs promesses orientées vers des clientèles ciblées.

Gérard Bélanger, professeur retraité, Département d’économique, Université Laval, Québec