Remaniement ministériel à l’heure de la pandémie

Nous sommes portés  à croire que c’est la pandémie du coronavirus (COVID-19), qui en s’acharnant dans les CHSLD nous a fait prendre conscience, entres autres, des piètres conditions dans lesquelles se trouvent, notamment les personnes âgées.

Pourtant, au cours des dernières années, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, a alerté l’Assemblée nationale et les dirigeants en santé publique, dont faisait d’ailleurs partie l’actuel directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, sur les nombreuses failles du système: manque de personnel, mesures de surveillance des établissements inadéquates, désuétudes des infrastructures, services aux usagers dysfonctionnels, dossiers criminels pour certains propriétaires de CHSLD privés, etc.). Motus et bouche cousue de part et d’autre!

Rappelons-nous cependant qu’en 2002, lors de son passage au gouvernement d’alors, le premier ministre Legault, lui-même ministre de la Santé, a été responsable de nombreuses initiatives profitables aux Québécois, dont le plan d’action Pour faire les bons choix, lequel montrait clairement la route à suivre pour redresser le réseau de la santé au Québec. Un plan qui accordait toute son attention à la prévention, au maintien des services à domicile, aux groupes de médecins de famille, à la qualité et à la quantité des soins dans les centres de longue durée et qui considérait que les investissements prioritaires devaient aller dans ce sens. Qu’ont-ils fait de ces judicieuses recommandations, les Philippe Couillard, Yves Bolduc, Réjean Hébert et Gaétan Barrette, tour à tour ministre de la santé? Des méga-structures bureaucratiques!

La structure du Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) est critiquée depuis des années pour sa lourdeur et son manque de réactivité! Pour l’heure, M. Legault semble convaincu qu’en rebrassant les cartes dans son équipe gouvernementale, et en désignant un nouveau ministre à la Santé, il réussira à rendre chaque gestionnaire des établissements en santé, imputable de leurs résultats par le biais de la reddition de comptes. Soit! Espérons seulement que d’ici la prochaine crise sanitaire, il aura aussi le temps d’apporter, ne serais-ce que les changements nécessaires, voire vitaux, ce dont la ministre McCann, et sa collègue Mme Blais, ministre responsable des Aînés et toujours en poste, n’auront pas réussi à faire malgré toute leur expérience et connaissances acquises depuis le début de la présente crise, sans précédent il va sans dire.

Et dans la foulée de ce récent remaniement ministériel, la personnalité des porteurs de dossiers choisis est aussi importante que le dossier en tant que tel.

Néanmoins, certains critères de sélection semblent subjectifs, voire réducteurs comme en témoignent quelques commentaires à l’endroit des ministres redéployés. Par exemple: Nadine Girault est nommée ministre de l’Immigration en raison de son calme, sa souplesse et sa capacité de conciliation.

Simon Jolin-Barrette passe à la Justice à cause de son insensibilité et sa gestion controversée de la réforme de l’Immigration. Sonia LeBel s’est vu confier la présidence du Conseil du Trésor, améliorant du coup la représentativité féminine dans l’équipe économique. Et Christian Dubé hérite du MSSS, grâce à son expérience en affaires et compétences en gestion...en remplacement de Danielle McCann dont le leadership collaboratif ne suffit plus. Cette dernière est rétrogradée à l’Enseignement supérieur, diront certains, afin de prêter main-forte à Jean-François Roberge à l’Éducation, un ministère maintes fois décousu et recousu, à son grand dam, pour servir la cause politique.

Certes, les formations, expériences et compétences de tout un chacun ont été prises en compte dans ce jeu de chaise musicale. Mais encore... et vivement les traits de personnalité incontournables en politique, dont le bon sens, le pouvoir de persuasion, l’humilité, la confiance et bien sûr la capacité à dépasser les intérêts de son parti au bénéfice du bien de la population.

Cela étant, «Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise», dixit le proverbe.