Le système de santé est «centralisé, rigide et d’une extrême lenteur [...] en plus d’être antidémocratique», affirme l’auteure de cette lettre.
Le système de santé est «centralisé, rigide et d’une extrême lenteur [...] en plus d’être antidémocratique», affirme l’auteure de cette lettre.

Réforme de la santé, ou l’accouchement d’un éléphant blanc

Nicole Lévesque
Nicole Lévesque
Ex-directrice des ressources humaines de la fonction publique
POINT DE VUE / Alors que la réforme du réseau de la santé adoptée sous bâillon en 2015 visait à améliorer l’accès de la qualité des services de santé et des services sociaux par le biais d’une importante centralisation des pouvoirs, depuis, force est de constater l’accouchement provoqué d’un éléphant blanc... d’une lourdeur bureaucratique sans précédent.

Et pour cause? En y regardant de plus près, l’élimination des services locaux et la dispersion des moyens et des centres de décision au profit des autorités centrales, qui gèrent les affaires de la province en santé, n’ont pas eu l’effet escompté, d’après l’actuel méga organigramme du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Soit la plus importante structure gouvernementale au Québec, sous la gouverne de la ministre, Danielle McCann, de qui relèvent un ministre délégué, une ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, deux sous-ministres, dix directeurs généraux et près de 120 cadres de différents niveaux hiérarchiques. 

Mais encore... à cette imposante structure s’ajoutent autant de «structurites» qu’il y a de Centres intégrés de santé et de service sociaux CISSS (13) et de Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux, CIUSSS (9) qui se trouvent dans l’une ou l’autre des différentes régions sociosanitaires du Québec, et par ricochet autant d’entités administratives et de personnel d’encadrement s’y rattachant (centres hospitaliers universitaires, établissements et autres ressources privées CHSLD, organismes communautaires, cliniques médicales, etc.).

Nous voilà effectivement dans un système centralisé, rigide et d’une extrême lenteur puisque la prise de décision est désormais éloignée de la réalité terrain des clientèles desservies, en plus d’être antidémocratique (disparition des conseils d’administration où pouvaient s’exprimer les citoyens sur les institutions et leur financement représentant plus de la moitié des fonds publics). Pour l’agilité organisationnelle, on repassera!

Par ailleurs, le MSSS estimait que sa réforme éliminerait des milliers d’emplois d’encadrement dans son réseau, pour une économie annuelle de plusieurs millions de dollars. 

À ce chapitre toutefois et contrairement à l’entreprise privée qui vise la production d’un service uniforme au meilleur coût, le MSSS, n’a-t-il pas tout avantage à commencer par moduler ses services publics pour s’ajuster aux besoins de ses clientèles? Sans doute.

Considérant la préoccupation gouvernementale à l’endroit des fonds publics et la finalité pour laquelle ils sont attribués, qu’il me soit permis de rappeler aux autorités du MSSS, quelques concepts d’efficacité et d’efficience dans leur fonctionnement, liés d’une part à la Loi modifiant l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux, et d’autre part, basés sur certains principes de gestion reconnus, dont : 

L’efficacité d’une structure tient à la clarté sans équivoque des rôles et des responsabilités confiés et à l’absence de chevauchement avec d’autres organisations publiques. 

L’efficacité d’une structure tient à sa légèreté, en ce sens que les taux et ratios d’encadrement supérieur trop élevés multiplient les niveaux d’autorité et provoquent des courts-circuits. 

L’efficacité d’une structure va de pair avec la rapidité de communication de l’information, d’où l’intérêt à diminuer le nombre de relais, et du même coup à réduire celui des niveaux hiérarchiques. 

L’efficacité d’une structure est également liée à l’efficacité des groupes de travail qui la composent en raison de la délégation des responsabilités, en confiant au personnel la mission d’atteindre un objectif en lui laissant une certaine latitude dans le choix des moyens. Déchargés de toute supervision technique, les cadres peuvent alors se concentrer sur leur véritable rôle qu’est celui de fixer des objectifs et de prévoir les aléas. La structure peut alors être étalée, d’où la décentralisation qui place la prise de décision le plus près possible de l’action.

Enfin, selon le Dr Gaétan Barrette, ex-ministre de la Santé, à qui nous devons la paternité de l’actuel système de santé : «Ce n’est pas le système qui est en cause, c’est le niveau de préparation», faisant abstraction des ratés bureaucratiques dans lesquelles nous voilà empêtrés pour la présente décennie. Pandémie ou pas, «La bureaucratie pousse à l’inaction et interdit toute action» dixit aussi le proverbe.