Pour l'auteur de cette lettre d'opinion, il est fondamental de travailler davantage à la promotion de l’entrepreneuriat auprès des étudiants universitaires, et pourquoi pas les inciter à initier des projets entrepreneuriaux durant leur cursus scolaire.

Réfléchir et préparer le Québec aux métiers du futur

Le Québec vit une période heureuse de dynamisme économique puisqu’au premier semestre 2018, on enregistrait une forte croissance tributaire d’une excellente productivité et d’une hausse des exportations.

Toutefois, ce phénomène s’accompagne également de deux défis majeurs : celui de la rareté de la main-d’œuvre et celui d’une préparation adéquate aux métiers du futur. Afin de circonscrire la question, le RJCCQ publie une étude afin d’identifier les problèmes auxquels se heurte déjà le marché de l’emploi tout en proposant plusieurs recommandations pour les endiguer.

Les employeurs peinent à trouver du personnel qualifié. Pour les 10 prochaines années, il y aura plus de Québécois qui quitteront le marché du travail que de Québécois qui y entreront. La grande majorité des régions du Québec comptent plus de travailleurs expérimentés qui quittent le marché du travail que de jeunes travailleurs qui y entrent. 

Une autre source de difficultés vécue par les startups technologiques serait liée à la sensibilisation des diplômés aux opportunités d’emploi dans le secteur. Ceux-ci ignorent comment débuter leurs carrières dans de petites structures leur préférant les grandes corporations. Quand comprendra-t-on enfin que le rapprochement entre le milieu scolaire et l’écosystème startup est la réponse à plusieurs défis, notamment pour la préparation aux métiers du futur? Pourquoi ne pas envisager, pour certaines filières, un mode de formation dual, à l’image du modèle allemand, adapté au système éducatif québécois? 

Bien qu’ils constituent une source de main-d’œuvre spécialisée croissante et nécessaire, particulièrement dans les secteurs de l’aérospatiale, de la santé et des TIC, le Québec peine à retenir les étudiants étrangers. Pourtant, des développeurs en «big-data», en algorithme ou en mathématiques devraient être retenus. En effet, seuls 25 % de ses étudiants internationaux décident de s’installer définitivement. 

Que faire? 

La création de startup est à la base du développement économique du Québec. Une solution durable est celle qui tiendra compte des besoins de l’écosystème entrepreneurial. C’est lui qui favorise l’attraction de nouveaux talents et investisseurs. Il faut, plus que jamais, réfléchir en mode holistique et moins en silo lorsque l’on parle des métiers, surtout ceux du futur. La croissance de l’emploi au Canada dans le secteur des TIC est deux fois supérieure à celle de l’ensemble de l’économie. Les partenaires du marché du travail doivent en prendre conscience et y voir un terreau fertile afin d’optimiser leurs propositions en matière d’adéquation formation-emploi tout en s’ouvrant aux nouvelles façons de faire. 

Dans la mesure où les diplômés peuvent facilement trouver un emploi dans le marché actuel, le coût d’opportunité de se lancer en affaires est assez grand pour freiner leur ambition de créer une entreprise. Il est fondamental de travailler davantage à la promotion de l’entrepreneuriat auprès des étudiants universitaires, et pourquoi pas les inciter à initier des projets entrepreneuriaux durant leur cursus scolaire. 

En technologie, encourager la création de startup innovantes est particulièrement nécessaire pour assurer la présence de grands joueurs et positionner le Québec dans des secteurs clés. Le leadership du Québec en matière d’Intelligence Artificielle en est un exemple concret. C’est important d’identifier des secteurs dans lesquels nous pourrions valablement nous démarquer, tels que la technologie Blockchain, la robotique, la cybersécurité, le E-santé pour en citer quelques-uns. 

N’oublions pas que ce sont souvent les jeunes pousses qui innovent et facilitent la commercialisation des résultats de recherche. Ils sont au cœur de l’émergence de nouvelles technologies, processus et procédés aidant ainsi à l’attraction de davantage de talents, d’investisseurs et à terme de grandes corporations. Le dynamisme économique repose sur la propension des Québécois à créer des entreprises! Tout gouvernement qui aurait à cœur la compétitivité du Québec proposerait des mesures qui puissent accompagner la célérité avec laquelle le marché du travail évolue et ses besoins. 

Qui se sent le courage d’emmener le changement de paradigme nécessaire pour répondre de manière plus optimale, non seulement à la rareté de la main-d’œuvre, mais aussi à une meilleure adéquation entre la formation et l’emploi, surtout lorsque l’on parle des métiers du futur!

Monsef Derraji, Président-directeur général du Regroupement des Jeunes chambres de commerce du Québec