Le ministre du Travail du Québec, Jean Boulet, a lancé en mai dernier la Grande corvée 2.0.

Rareté de la main-d’œuvre: un défi de société

POINT DE VUE / Depuis plusieurs mois, le phénomène de la rareté de la main-d’œuvre fait les grands titres des journaux et ce n’est pas étonnant : le nombre de postes vacants a doublé au Québec au cours des deux dernières années pour atteindre environ 114 000. Et on le sait, le taux de chômage, qui se situe à 4,9 %, n’a jamais été aussi bas depuis 50 ans.

Le départ graduel à la retraite des baby-boomers conjugué à l’excellente croissance économique créent une pression importante sur le marché du travail. Tous les intervenants, dont mon ministère et moi-même, sont donc à la recherche des meilleures solutions pour faire face à cette rareté.

Il serait tentant de voir en l’immigration le chemin prioritaire à adopter. Cependant, pour pouvoir offrir les meilleures conditions de vie possibles à ceux que nous accueillons et pour nous assurer que leur intégration sera réussie peu importe le contexte économique futur, il nous faut faire appel à ce bassin de main-d’œuvre de façon raisonnée. Je dévoilerai d’ailleurs lundi prochain des actions et mesures qui leur sont destinées.

Alors qu’il est estimé que les immigrants pourront combler environ 22 % de nos besoins au cours des dix prochaines années, les jeunes qui sont encore sur les bancs d’école constituent 54 % des effectifs nécessaires.

Et en ce qui concerne les 24 % restants, notre gouvernement travaille déjà activement sur deux axes importants : intégrer dans le marché du travail toutes les personnes appartenant à des groupes qui y sont sous-représentés et augmenter la productivité de nos entreprises pour réduire les besoins en matière de main-d’œuvre peu qualifiée.

C’est pourquoi j’ai lancé en mai dernier la Grande corvée 2.0, qui s’adresse directement aux travailleurs. J’ai entamé cette offensive en interpellant les travailleurs expérimentés (de 60 ans et plus) pour qu’ils restent en emploi le plus longtemps possible et en leur offrant notamment des allégements fiscaux. En ayant le même taux d’emploi qu’en Ontario pour ce groupe d’âge, nous pourrions bénéficier de 89 000 travailleurs de plus sur le marché du travail, ce qui représente une part importante de nos besoins actuels. J’ai aussi présenté en juin notre stratégie nationale pour l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées, qui représente des investissements totaux de 238,5 millions de dollars. Au Québec, il est estimé qu’un bassin de près de 250 000 personnes en situation de handicap pourrait intégrer le marché du travail.

Enfin, nous avons présenté des mesures pour soutenir les personnes autochtones et nous agissons également pour les personnes judiciarisées et les prestataires d’une aide financière de dernier recours.

Il ne fait aucun doute que le Québec a besoin de tous ses talents et nous mettons tout en place pour rapprocher le maximum de gens du marché du travail et pour inciter les employeurs à recruter des travailleurs issus des groupes sous-représentés.

En plus de ces interventions sur le plan de l’intégration, il est clair qu’il faudra une amélioration substantielle de la productivité pour compenser les effets à moyen et à long terme de la rareté de la main-d’œuvre.

À ce chapitre, toutes les données indiquent que le Québec tire de l’arrière par rapport à ses voisins. Par exemple, le PIB par heure travaillée est de 60,15 $ au Québec alors qu’il est de 66,75 $ en Ontario et de 82,03 $ aux États-Unis. Pour arriver aux mêmes résultats, il ne faut pas travailler plus, mais bien travailler mieux. Cela passe par la réorganisation, l’acquisition d’équipement de pointe, la numérisation, la robotisation, le recours aux technologies de l’information ou encore la recherche et le développement. Et votre gouvernement travaille de concert avec les entreprises pour réaliser ces actions et améliorer la productivité.

Nous sommes à l’heure d’un Québec inclusif, innovant et productif. C’est maintenant à chacun, travailleur comme employeur, d’y contribuer!