À l’exception d’une infime minorité d’acheteurs qui ont vu dans le taxi une bonne opportunité financière d’investissement, la quasi-totalité des propriétaires s’y sont retrouvés par nécessité sociale, écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Radioscopie de ce qu’on appelle «industrie du taxi»

POINT DE VUE / Derrière le mot «industrie» se cache en fait la réalité d’une population vulnérable.

En effet, à l’exception d’une infime minorité d’acheteurs qui ont vu dans le taxi une bonne opportunité financière d’investissement, la quasi-totalité des propriétaires s’y sont retrouvés par nécessité sociale. Ce sont aussi beaucoup de migrants qui se sont «recyclés» dans le taxi comme un ultime moyen de se prendre en charge et s’intégrer dans la société. Leur décision étant souvent la conséquence de plusieurs échecs, à la recherche d’un emploi dans le domaine de qualification sur la base duquel ils ont été sélectionnés durant le processus d’immigration. Ajouter à cela une part de discrimination et de racisme systémiques qui font malheureusement partie de la triste réalité de l’emploi au Québec.

D’après les chiffres officiels du ministère des Transports du Québec, plus de 98 % des propriétaires de taxi ne possèdent qu’un seul permis à leur actif. Ce chiffre prouve que, contrairement à l’idée véhiculée, il ne s’agit nullement de «méchantes» compagnies détenant un monopole, mais uniquement de petits propriétaires artisans qui exploitent eux-mêmes leur taxi pour faire vivre leurs familles. Qui plus est, la plupart de ces travailleurs autonomes ne peuvent compter que sur la valeur de leurs permis comme unique fonds de pension lorsqu’ils ne seront plus en mesure de travailler. Des travailleurs qui se sont endettés pour «acheter» un travail de dernier recours, malgré sa pénibilité, au lieu de se tourner vers l’aide de l’État.