Jasmin Lemieux-Lefebvre

Quitter reconnaissant le Diocèse de Québec

POINT DE VUE / Après dix années passées à la direction des communications de l’Église catholique de Québec, je viens de quitter mon emploi à l’Archidiocèse. J’ai commencé en effet un nouveau chapitre de ma vie en déménageant avec ma famille à Varsovie la semaine dernière. Un projet de vie longuement mûri avec mon épouse polonaise Justyna.

Alors que l’on entend souvent parler des personnes qui rompent en mauvais terme avec leur employeur, je croyais important de partager ma perspective positive sur cette décennie à interagir avec la grande famille diocésaine de Québec.

Au-delà des fermetures d’églises et de la diminution de la pratique religieuse, j’ai pu découvrir une culture qui œuvre à former des communautés chrétiennes tournées vers une mission d’évangélisation par osmose. Les regroupements paroissiaux qui ont fait passer en huit ans le nombre de paroisses de 216 à 38 étaient une étape essentielle pour amoindrir la charge administrative qui pèse sur les équipes pastorales. Beaucoup d’énergie fut consacrée à développer un leadership partagé entre prêtres et laïcs et je suis vraiment fier que le Québec soit à l’avant-garde en la matière.

Sans spiritualité approfondie, tous ces changements structurels sont vains. Voilà pourquoi j’étais reconnaissant pour les moments de prières avant chaque rencontre de travail. Sceptique au début quant à leur utilité, ces méditations sur la Parole de Dieu où toutes et tous sont appelés à partager se sont avérées une excellente idée. Jumelées aux célébrations eucharistiques à la Maison des Services diocésains, j’ai pu vivre avec mes collègues de bonnes doses de ressourcement intérieur.

Ces années furent marquées par une médiatisation soutenue des abus sexuels au sein de l’Église catholique. Je le répète, le travail du milieu journalistique fut vraiment apprécié. Devant l’horreur de ces gestes, j’ai toujours refusé de baisser les bras. La politique de tolérance zéro et les nombreuses initiatives pour faire de nos églises les milieux les plus sécuritaires possibles ne sont pas de la poudre aux yeux. Voilà pourquoi je participais activement avec ma famille aux nombreuses activités qui y sont proposées. Je tiens d’ailleurs à remercier l’immense majorité des prêtres qui font honneur à leur sacerdoce, au nom de Jésus Christ. Mon cœur accompagne aussi tous les survivantes et survivants d’abus sexuels, en Église et ailleurs, dont le courage m’édifie. Mes pensées vont particulièrement à celles et ceux dont l’agresseur est décédé et qui n’ont pu obtenir justice. Nous avons collectivement à mieux les accueillir.

Je salue l’arrivée de Valérie Roberge-Dion qui me succède aux communications. Elle sera l’une des trois directrices de service d’un diocèse qui en compte cinq au total. Une telle présence féminine contribue au renouveau de notre Église. La vitalité de nos communautés chrétiennes s’exprime de tant de façons que l’on peut difficilement imaginer de l’extérieur sans établir un contact avec elles.

Je m’en voudrais de conclure sans un mot sur mes «patrons» au fil des ans, les cardinaux Marc Ouellet et Gérald Cyprien Lacroix. De bons pasteurs qui, chacun à leur façon, ont vraiment le Québec à cœur et qui partagent une même communion profonde avec le pape François. Un Pape qui nous amène à garder espérance en invitant toutes les personnes baptisées à un rôle actif au sein de l’Église. Quel sera maintenant le nôtre?