Qui faut-il croire, GNL ou la Coalition Fjord?

POINT DE VUE / L’interprétation que fait la Coalition Fjord et GNL Québec d’un récent sondage concernant l’acceptabilité sociale des projets Énergie Saguenay et Gazoduc sont pour le moins contradictoires. Les premiers disent que les efforts déployés par GNL Québec depuis 2014 auraient dû donner de meilleurs résultats qu’un mince 20% de forte acceptabilité. Les seconds comptent 60% de la population est en faveur ou plutôt en faveur de leur projet. Pourtant, seulement 8% des répondants se sont dits assez bien informés pour prendre une décision éclairée. La position de la Chambre de commerce de Saguenay et celle du Conseil municipal de Saguenay en faveur des trois grands projets aurait-elle influencé l’opinion publique?

Lorsqu’on parle de projets aussi complexes, comment le commun des mortels pourrait-il en comprendre tous les tenants et aboutissants? Les promesses de création d’emplois ne peuvent être le seul facteur à prendre en compte.

80% du gaz qui transiterait par ces projets proviendrait de sources non conventionnelles. La technique utilisée pour extraire le gaz est la fragmentation hydraulique. Celle-ci est extrêmement néfaste pour l’environnement. Elle pollue les nappes phréatiques, souille les sols, provoque des tremblements de terre, pollue l’atmosphère et le liquide de fragmentation est intraitable. De plus, il est maintenant indéniable que lorsqu’on tient compte du cycle de vie complet du méthane, il émet presque autant de gaz à effet de serre que ses principaux concurrents que sont le pétrole et le charbon. L’abandon des puits de gaz improductifs pose aussi problème. En Pennsylvanie, il y a actuellement plus de trois millions de puits abandonnés qui fuient. Comment GNL peut-elle prétendre que le gaz s’inscrit dans une démarche de transition énergétique en remplaçant des sources plus polluantes?

La nouvelle prétention de GNL à l’effet que le projet ait été conçu pour créer des emplois et ramener les jeunes dans la région est aussi très discutable. Il est fort peu probable que les jeunes voudront travailler dans une usine ayant le potentiel de mettre en péril leur avenir. Le nombre d’emplois promis par l’entreprise a aussi beaucoup évolué depuis ses débuts. Il apparait que plus l’opposition au projet se fait sentir, plus le nombre d’emplois augmente. En 2014 on parlait de 150 emplois en période d’opération et 2000 lors de la construction. CBC récemment relatait des chiffres bien supérieurs à son émission matinale «Quebec AM»: 1100 emplois en période d’exploitation et 10000 lors de la construction. Pourtant, nulle part dans la mission de l’entreprise n’est-il question de créer des emplois. GNL omet aussi de parler des emplois qui pourraient être perdus à cause de sa présence dans le fjord. Que se passera-t-il si Rio Tinto se voit bloqué dans l’acheminement de sa matière première à cause de la priorité absolue dont bénéficient les super méthaniers? Et les emplois touristiques dans le bas Saguenay?

Finalement, certains prétendent que si le projet ne se fait pas ici, il se fera ailleurs dans le monde où les exigences environnementales sont moins fortes. Je vous rappelle qu’il s’agit d’exporter le gaz de l’ouest canadien. Alors je vois mal dans quel autre pays on pourrait réaliser le projet.

Pour conclure, j’ai l’impression que GNL Québec est prête à dire n’importe quoi pour nous vendre son gaz alors que la Coalition Fjord soulève des interrogations très valides à mes yeux.