«Je m’explique assez mal le régime de peur presque tyrannique auquel nous convient les gouvernements, les médecins et les quelques décideurs qui gravitent autour d’eux. Voilà pourquoi je ne porte pas de couvre-visage.», écrit Patrick Guay, professeur retraité.
«Je m’explique assez mal le régime de peur presque tyrannique auquel nous convient les gouvernements, les médecins et les quelques décideurs qui gravitent autour d’eux. Voilà pourquoi je ne porte pas de couvre-visage.», écrit Patrick Guay, professeur retraité.

Questions aux alarmistes lents

(En réaction au texte «La responsabilité collective à l’ère de la COVID-19» d’une lectrice, Nicole Lévesque.)

POINT DE VUE / Mme Lévesque, votre lettre me sert de prétexte, et ça n’est pas spécifiquement à vous que je m’adresse ni vous personnellement que je blâme. Vous parlez de «responsabilité collective». 

Je vous entends: tout le monde est pour la vertu. Mais tous nos nouveaux «responsables», où étaient-ils cachés ces 50 dernières années, mettons depuis les réflexions initiales du Club de Rome en 1972? (Je vous en prie, ne me servez pas que notre premier ministre est sensible à la cause environnementale, restons sérieux.)

Je m’explique assez mal le régime de peur presque tyrannique auquel nous convient les gouvernements, les médecins et les quelques décideurs qui gravitent autour d’eux. Voilà pourquoi je ne porte pas de couvre-visage. La pollution, la surconsommation effrénée, le gaspillage, la déforestation, la disparition des abeilles, la malbouffe et tutti quanti (vous en voulez de la peur, nous voilà servis), pourquoi les François Legault et les Philippe Couillard (c’était quand même un scientifique, celui-là, avant de nous servir sa douche froide) pourquoi ne se sont-ils pas fortement levés ces dernières années pour nous indiquer les mesures à prendre contre ces fléaux?

C’est que ce phénomène-là, la progressive dégradation de notre planète, c’est lent, c’est assez peu sensationnaliste, ça joue à une échelle qui nous déborde, et qu’on n’a pas sous les yeux nos millions de tonnes de déchets. Vous me direz peut-être que cette fois le danger est bien réel, que nous nous appuyons sur la science, sur des données factuelles.

Mais ce sont aussi des scientifiques patentés qui mettent en garde l’humanité depuis des années et des années. Une réponse parmi d’autres à notre laisser-aller habituel et à la psychose collective présente, c’est que dans la perspective limitée d’un François Legault, les Nicole, François et Patrick de son monde sont plus immédiatement importants que la planète sur laquelle ils vivent et plus importants que l’air qu’ils y respirent.

Individualisme étroit oblige: il faut que Patrick et François continuent de magasiner. La planète, elle, ne va pas acheter de bébelles dans les grandes surfaces, et elle ne vote pas. La planète contribue assez peu à la sacro-sainte «économie» que les François Legault de ce monde (ils sont légion) idolâtrent, sans comprendre que l’activité économique, ma foi, ça n’est qu’une facette exagérément importante de l’idéologie dans laquelle on baigne.

Autre raison à notre panique : cette peur qui habite subitement M. Legault et sa bande est relayée par les médias. Même Radio-Canada s’en donne à cœur joie avec une fausse objectivité démoralisante. Incidemment, n’êtes-vous pas effrayée comme moi, Mme Lévesque, depuis quelques années, par le fait qu’une émission comme Découverte, qui fait l’apologie d’une planète pure et respectée, soit commanditée à raison de 10 ou 12 publicités d’automobiles ou de pick-up à la demi-heure? Ne serait-ce pas un geste de «responsabilité civile» que de mettre fin à ce mensonge ou à cette contradiction?

J’aimerais que, «par la force des choses», comme vous écrivez, le réflexe soit de ne plus acheter une bébelle inutile, de ne plus prendre l’auto, mais le vélo, le bus ou ses pieds pour se rendre au travail ou au dépanneur, d’arrêter «les promenades en char», de limiter le gaspillage. Mme Lévesque, il n’y a pas de telle force des choses, malheureusement: il y a des gens qui agissent dans un sens ou dans un autre. Cette peur que vous évoquez directement et entre les lignes, ne pourrait-elle pas prendre une autre forme, plus fondamentale qu’un accidentel virus: celle d’un monde où l’on gaspillerait moins et où on ne polluerait plus autant?