Quels scénarios pour les oléoducs ?

POINT DE VUE / «C’est une grande victoire pour l’Alberta.» – Sonya Savage, ministre de l’Énergie de l’Alberta. «Je ne crois pas que ce projet sera mené à terme un jour.» – Jo Ann Roberts, chef intérimaire du Parti vert . Qui a raison ? Le pétrole de l’Alberta atteindra-t-il un jour la mer par oléoduc ?

L’ancien cadre de TransCanada Dennis McConaghty a affirmé : «C’est le nirvana que tous tentent d’atteindre depuis les 10 dernières années». Après tout, la Cour suprême a récemment bloqué unanimement la tentative de la Colombie-Britannique de bloquer le projet d’expansion de l’oléoduc TransMountain. Comme l’a affirmé Chris Varcoe, (Calgary Herald, 17 janvier), le projet d’oléoduc Keystone XL et le projet de remplacement du pipeline de la ligne 3 d’Enbridge gagnent aussi vraisemblablement du terrain.

Cependant, quatre appels autochtones sont toujours en instance, et le gouvernement libéral n’a déposé aucun document pour émettre une opposition. Dans l’éventualité où le projet TMX reste constamment bloqué dans les dédales administratifs, envisageons deux options :

Plan A : L’oléoduc moribond Énergie Est. L’automne dernier, Andrew Scheer a misé sur ce concept pour sa proposition du «Corridor énergétique national» visant à transporter le pétrole, le gaz naturel, l’hydroélectricité et les télécommunications.

L’oléoduc de 4600 km devait relier Hardisty, en Alberta, à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Au printemps 2014, l’ancien premier ministre, Philippe Couillard, a fait valoir que dans la mesure où le Québec recevait des paiements de péréquation, il se devait d’aider les autres provinces à mettre leurs produits sur le marché. Le premier ministre François Legault a privilégié l’oléoduc en 2016 et a déclaré : «Nous visons une péréquation nulle et une façon d’y arriver sera de recevoir des redevances pour le pétrole transitant par le Québec». Récemment, il a indiqué à Jason Kenney qu’il n’y avait toujours «pas d’acceptation sociale pour un nouvel oléoduc au Québec». (italiques de l’auteur)

Cela malgré la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic, le nombre de wagons-citernes transportant du pétrole qui a augmenté de 50 fois entre 2009 et 2013 et le fait qu’une étude de l’Institut Fraser a révélé que les pipelines sont quatre fois plus sécuritaires que le transport ferroviaire. Grâce à l’inversion de la ligne 9B d’Enbridge reliant Westover, en Ontario, à Montréal, en 2015, maintenant 53 % du pétrole utilisé au Québec provient de l’Ouest. Environ 66 % des Québécois préfèrent acheter du pétrole canadien.

L’oléoduc Énergie Est aurait réduit la dépendance du Canada atlantique à l’égard du pétrole saoudien. Il aurait généré des retombées économiques de 55 milliards de dollars pour le Canada et de 9,3 milliards de dollars pour le Québec. Toutes les provinces le long du tracé ont accepté, sauf le Québec. Justin Trudeau a déclaré à CTV : «Il est impossible d’obtenir un appui pour qu’un oléoduc traverse le Québec».

Si le premier ministre François Legault refuse toujours de permettre la construction d’un nouvel oléoduc à la frontière du Nouveau-Brunswick, examinons l’autre option :

Plan B : Peu de personnes sont au courant, mais l’oléoduc Portland-Montréal est entré en fonction en 1941 pour transporter du pétrole étranger à Montréal. Le South Portland Planning Board a approuvé une proposition d’inverser le flux du pipeline en 2009. Cependant, le conseil municipal de South Portland, Maine, a adopté un arrêté «Clear Skies» en juillet 2014. Cela a interdit le chargement en vrac des transporteurs de pétrole brut à South Portland. Cet oléoduc n’a pas été utilisé depuis 2016.

La société de pipeline a intenté une poursuite contre le gouvernement fédéral. Le 10 janvier 2020, la Cour d’appel des États-Unis pour le premier circuit à Boston a demandé aux sept membres de la cour judiciaire du Maine de déterminer si l’arrêté «Clear Skies» entrait en contradiction avec la loi d’État et violait l’autorité délivrant les permis du Maine Department of Environmental Protection. Il peut falloir six mois avant que la décision ne soit rendue. Si le tribunal de l’État rend un jugement en faveur de la société de pipeline, la ville de Portland n’aurait aucun recours pour en appeler de la décision.

Il convient de remarquer que si le tribunal du Maine rend un jugement favorable, le pétrole pourrait circuler dans cet oléoduc existant sans devoir se plier à toutes les exigences du projet de loi C-69. 

Un trajet passant par le Maine n’avantagerait pas les travailleurs au Nouveau-Brunswick, mais ce pourrait être le seul moyen de contourner l’opposition persistante des politiciens au Québec sur la construction de nouveaux oléoducs dans la province. Ainsi, il serait possible d’atteindre l’océan Atlantique et permettrait au pétrole de l’Alberta d’accéder enfin à des marchés mondiaux. Les résidents des Maritimes en profiteraient, car ils pourraient acheter du pétrole canadien de l’Ouest provenant de Portland.

Au début décembre 2019, un sondage Nanos a indiqué que près des deux tiers des Canadiens appuyaient dans une certaine mesure les nouveaux oléoducs. Après tout, notre secteur énergétique emploie plus de 269 000 personnes, contribue indirectement à plus de 550 000 emplois et compte pour plus de 11 % du PIB. Les recettes publiques provenant de ce secteur en 2017 se chiffraient à 14,1 milliards de dollars. Cela aide à contribuer aux paiements de péréquation supplémentaires pour les provinces et les programmes sociaux, comme notre système de santé.

Comme l’a affirmé Jason Kenney : «Nous avons besoin des oléoducs pour la prospérité de tous les Canadiens, y compris les Québécois. Le Québec et l’Alberta sont des alliés naturels et devraient travailler ensemble.»

* Médecin à Ottawa, Dr Charles S. Shaver, est natif de Montréal. Il est diplômé de l’Université Princeton et de la Johns Hopkins University School of Medicine. Il est l’ancien président de la section de médecine interne générale de l’Association médicale de l’Ontario. Les opinions exprimées dans le présent article sont les siennes.