Québec la ville la plus entrepreneuriale au pays d’ici cinq ans?

En réaction au texte «Labeaume veut faire de Québec la ville la plus entrepreneuriale au pays» du journaliste Jean-François Néron paru le 24 mai

L’article de Jean-François Néron paru dans Le Soleil du 24 mai dernier «Labeaume veut faire de Québec la ville la plus entrepreneuriale au pays» m’a interpellé en tant qu’acteur et observateur en entrepreneuriat au Québec depuis une trentaine d’années.

Il faut assurément souligner l’ambition du maire de Québec pour faire de Québec la ville la plus entrepreneuriale au pays d’ici les cinq prochaines années.

Il s’agit ici d’un défi gigantesque considérant l’état de l’entrepreneuriat à Québec et au Québec. En fait, les dernières données du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI) publiées le 10 mai dans le document Coup d’œil sur l’entrepreneuriat — édition 2018, présentent des constats qui positionnent la région de Québec dans la moyenne québécoise et le Québec comme dernier de classe au Canada.

Selon ce document rendu public par le MESI, le Québec avec 10,2 % du taux de création d’entreprises par province est loin derrière l’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Alberta et même Terre-Neuve et la Saskatchewan qui sont entre 13 % et 14 %. Même constat sur le nombre d’entreprises par mille habitants avec un score de 27 pour le Québec contre 40 pour les provinces des Prairies et 38 pour la Colombie-Britannique. Une autre donnée préoccupante correspond à l’écart net entre la création et la fermeture d’entreprises entre 2013 et 2017 avec un résultat négatif de -3800 entreprises pour le Québec alors que l’Ontario avait un gain net positif de 3000 entreprises et une moyenne nationale positive à 1300 entreprises pour l’ensemble du Canada incluant le Québec. Pour ce dernier point, l’enjeu n’est pas tant au niveau de la création, mais bien au niveau de la fermeture des entreprises.

En ce qui concerne la région de la capitale nationale, toujours selon le document du MESI, elle se classe en milieu de peloton des régions québécoises avec un taux de 2,0 % d’entrepreneurs par rapport à la population (15-79 ans), comparativement entre autres à 3,2 % pour le centre du Québec, 2,8 % dans les Laurentides, 2,7 % en Chaudière-Appalaches et 2,6 % en Montérégie.

Considérant ces données, la région de la capitale n’étant pas parmi les plus performantes au Québec et le Québec se retrouvant dernier de classe au Canada, l’ambition du maire de faire de Québec la ville la plus entrepreneuriale d’ici cinq ans au pays représente un défi colossal.

Bien qu’il faille souhaiter l’amélioration de la performance québécoise et celle de la capitale nationale en matière d’entrepreneuriat par rapport au reste du Canada, une chose est certaine, ce n’est pas avec les mêmes façons de faire qui, de toute évidence, ne donnent pas les résultats à la hauteur de nos ambitions que nous arriverons à performer à notre plein potentiel en matière d’entrepreneuriat.

Comme le disait Albert Einstein : «l’erreur, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent».

Dans ce sens, il est temps d’envisager de nouvelles façons de faire, comme cela existe ailleurs dans le monde, notamment en dépolitisant le développement de l’entrepreneuriat et de rendre imputable ceux qui feront et appliqueront les mesures par des indicateurs de performance comme c’est le cas pour les entreprises.

Alain Aubut
Entrepreneur, mentor, administrateur de société, ex-pdg de la Fondation de l’entrepreneurship et ex-président et chef de la direction à la Chambre de commerce et d’industrie de Québec