Guy Nantel a annoncé jeudi qu’il se lance dans la course à la direction du Parti québécois.

Quand les dieux de l’humour alimentent nos démons

POINT DE VUE / Il n’y a pas si longtemps, une des premières questions du Petit catéchisme catholique était : «Où est Dieu?» Nous répondions qu’il était partout. Aujourd’hui, nous pourrions remplacer Dieu par humour et nous donnerions la même réponse.

En effet, les humoristes accaparent beaucoup d’espaces : les salles de spectacles, les talk-shows, les séries télévisées, la radio, le cinéma, la publicité, etc. Avec l’arrivée potentielle de Guy Nantel à la chefferie du PQ, voilà que l’humour entrerait dans l’arène politique. Ce monsieur est un électron libre qui va se rendre compte assez rapidement compte que si en humour on peut tout dire, en politique, il lui faudra retirer son nez clownesque et éviter la controverse.

Évidemment, sur une base individuelle, chacun a le droit de gagner sa vie et peut même aspirer à devenir premier ministre. Cependant, dans le cas des humoristes, leur propension à occuper l’espace public et leur omniprésence tendent à influencer les relations quotidiennes entre les individus en imposant la «dictature» de la blague. Il faut être drôle partout et constamment, parce que c’est cool.

Comme l’affirme Frédéric Beigbeder dans son dernier essai romanesque L’homme qui pleure de rire, la blague devient un passage obligé pour être reconnu et apprécié dans notre société, et ce, particulièrement dans le domaine des médias.

Au Québec, nous avons même un sanctuaire pour former les dieux de l’humour; n’est-ce pas là un phénomène unique au monde qui dénote une sacralisation du phénomène? D’ailleurs, si le religieux a déjà encadré les individus, c’est maintenant l’humour qui a pris le relais : hors de l’humour, pont de salut!

À force de caricaturer la société québécoise sur toutes ses coutures, n’en vient-on pas à banaliser nos institutions ainsi que les gens qui les soutiennent et les font vivre? Le rire béat est-il en train de développer un populisme où les raccourcis remplacent la longue route du cheminement critique nécessaire au bon fonctionnement d’une saine société démocratique?