QS, Bilbao et le kérosène

Sous l’égide d’Orion, le géant chasseur de fauves de la mythologie grecque, une nouvelle compagnie aérienne a vu le jour au Québec : «Solid Air», comme la chanson de John Martyn.

Financé entièrement par l’État, ce nouveau vaisseau amiral révolutionnaire est propulsé par un carburant top secret à zéro émission de CO2. Mission première : traquer tous les chars de la terre en assurant également le rapprochement communautaire des orphelins du «pétrole». Solid Air a d’ailleurs mis en place à Bilbao un camp de rééducation pour les addicts de la carbonisation, pour les paumés des banlieues et les «chauffeurs » de chars et du climat. 

Des vidéos sont maintenant accessibles pour se faire une idée des leçons de redressement moral destinées aux junkies des bagnoles. À visée multiculturaliste, la compagnie n’engage que des employés polyglottes et ouverts à tout langage, même celui du caniveau. Moult chroniqueurs ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges devant le style de communication «rafraîchissant» de cette entreprise. Ils vont même jusqu’à l’appeler «poésie».

Laissons la poésie au grand René Char qui, d’ailleurs, était amoureux d’Orion, et posons-nous la question : QS et les participants du forum de Bilbao n’auraient-ils pas pu tenir leur forum d'économie sociale et de développement durable par visioconférence? Pourquoi suivre le mauvais exemple de l’élite onusienne des G7 et G20 de la globalisation en jet? Ils auraient au contraire épargné des tonnes de CO2

En matière de gaz à effet de serre (GES), chaque vol transatlantique crache en effet par passager l’équivalent de 60 % des émissions produites par l’usage annuel d’une voiture (Le Devoir, 17/11/ 2018). Il y a 12 ans, le transport aérien émettait déjà 630 millions de tonnes de CO2 à l’échelle mondiale (Le Soleil, 19/05/2018). Imaginez aujourd’hui. De plus, les émissions de CO2 ne sont pas le seul impact de l’aviation sur le climat. Un avion émet aussi des oxydes d’azote, responsables de la production d’ozone et de la vapeur d’eau qui crée des traînées de condensation ayant un effet de réchauffement. Elles produisent ainsi des nuages de haute altitude qui participent à l’effet de serre. Sécher son linge à l’air libre ou le laver à l’eau froide ne sera certes pas suffisant pour réduire le réchauffement planétaire.

Quelle était donc la nécessité pour une députée de QS fraîchement élue, et écolo pure et dure, de «flyer» vers Bilbao en gros porteur et ainsi brûler des tonnes de kérosène? À la veille de la rentrée parlementaire et du ronron des limousines, peut-on rêver, avec l’arrivée de nouveaux députés à l’Assemblée nationale, qu’enfin la politique rime avec politesse des débats et cohérence des gestes avec le discours?

Romain Gagné, Québec