Protéger un enfant à la fois

POINT DE VUE / La mise en place de la Commission Laurent sur les droits des enfants suscite bien des constats et de multiples opinions sur la place publique, et c’est l’idée. Tous souhaitent un monde meilleur pour les enfants. Les attentes sont grandes.

Depuis des décennies, notre société investit dans un modèle de protection autoritaire et pyramidal encadré par la loi. Force est de constater que ce système s’essouffle et n’y arrive pas, en plus d’épuiser ses propres ressources. Doit-on lui fournir une assistance de fin de vie, en espérant une meilleure performance, ou plutôt réinventer un modèle moins rigide et plus participatif basé sur l’ensemble des droits des enfants construit à partir d’expériences de meilleures pratiques à travers le monde?

L’idée d’un cercle protecteur de l’enfant dans la communauté s’impose d’emblée. Ce n’est pas une idée obscure. Elle invite à soigner l’enfant en considérant que chaque situation est unique, que chaque enfant a des besoins particuliers et qu’il a des droits qui peuvent être bafoués. Chaque enfant est un cas à part qui nécessite des actions bien ciblées pour lui-même. Pas question ici d’agir avec des programmes mur à mur ni avec des mesures drastiques de retrait sauf, bien sûr, dans des conditions où le risque est trop grand et les empêchements trop graves.

Dans le domaine de la maltraitance (les abus physiques et sexuels), par exemple, il est clair qu’une intervention policière et juridique est tout à fait indiquée, et le plus rapidement possible. Dans tous les autres cas, et particulièrement en négligence, on s’attend à du support intensif aux enfants et aux familles et le rôle de l’intervenant social comme aidant doit primer. Il doit favoriser une place centrale à l’enfant, à ses réseaux familial et communautaire, en lien avec les ressources de l’État. On n’a pas besoin d’un intervenant social qui joue un rôle de justicier.

La santé, le développement et la protection des enfants sont l’affaire de tous. L’État ne peut s’en occuper seul, la famille non plus, et la communauté ne peut plus échapper à sa responsabilité. Nous devons bâtir une forme de «vivre ensemble naturel» avec les milieux plus vulnérables pour mieux comprendre les enjeux, pour nous rapprocher des enfants et des familles et pour agir comme «famille associée», médiateur et influenceur dans les moments difficiles. On doit mettre l’enfant au centre des actions et des décisions qui concernent son intérêt supérieur avec tout le respect possible. C’est malaisant pour les adultes, mais combien utile pour créer des solutions lorsqu’elles n’existent pas!

Ça fait près de 30 ans que je pratique ainsi, dans un modèle de soins que j’appelle la pédiatrie sociale en communauté. On ne prend pas la place de personne, mais on amène les principaux acteurs familles, enfants, milieux, établissements, à se mobiliser et à développer l’espoir de changement. Quand la famille vit des difficultés, quand les stress toxiques prennent toute la place, quand l’enfant ne reçoit pas tous les soins et services requis pour différentes raisons, nous sommes présents, en mode soutien et accompagnement. Nous nous mettons en mode solutions, un point c’est tout.

On doit agir ensemble. Si la famille faillit temporairement, le milieu prend la relève pour la soutenir. Si la famille et le milieu n’y arrivent pas, en phase toxique pour l’enfant, alors l’aide de l’État est requise. Quelle belle façon de prévenir la négligence et même les abus dans une société responsable!