Le candidat Pete Buttigieg apparait maintenant, au lieu de Joe Biden, comme un choix modéré possible face au socialiste autoproclamé Bernie Sanders.
Le candidat Pete Buttigieg apparait maintenant, au lieu de Joe Biden, comme un choix modéré possible face au socialiste autoproclamé Bernie Sanders.

Primaires démocrates: une course qui n'est pas figée dans le béton

Les électeurs du New Hampshire ont livré mardi leur verdict dans la «première primaire de la nation». Conforme aux sondages et à nos observations sur le terrain à la veille du scrutin, le résultat ne dissipe pas l’incertitude quant à l’identité de l’adversaire du président Trump. On peut toutefois en tirer des enseignements sur la dynamique de chacun des candidats et au débat idéologique qui anime les démocrates.

Comme en 2016, Bernie Sanders est sorti vainqueur de cette primaire. Cette performance suscite néanmoins des interrogations quant à sa capacité à convaincre un électorat plus large, et modéré, que ses militants. Il y a quatre ans, il y avait recueilli plus de 60% des suffrages, soit un peu plus de 150 000 voix. Cette année, il doit se contenter de 26% et d’un peu plus de 76 000 voix.

Certes, Sanders n’était confronté qu’à Hillary Clinton en 2016, alors que neuf adversaires briguaient cette année les suffrages au New Hampshire. Il n’en demeure pas moins que d’après des données compilées par le Washington Post, près de 30% des électeurs qui avaient voté pour Sanders en 2016 ont opté cette année pour un candidat de l’aile centriste du Parti démocrate : Pete Buttigieg, Amy Klobuchar ou Joe Biden.

En finissant cinquième avec moins de 9% des suffrages, l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden, a possiblement perdu toute chance de lui succéder dans le bureau ovale. Sous respirateur artificiel, sa campagne ne survit plus que par l’espoir que les communautés ethnoculturelles, en particulier les Afro-américains, lui restent majoritairement fidèles. Mais rien en la matière ne semble garanti et les sondages des prochains jours devront être scrutés avec attention. 

Largement méconnus il y a quelques semaines, Pete Buttigieg et Amy Klobuchar sont parvenus à arracher une deuxième et troisième place au New Hampshire, et apparaissent donc maintenant, au lieu de Joe Biden, comme deux choix modéré possible face au socialiste autoproclamé Bernie Sanders. Il n’est cependant pas acquis que les vents porteurs dont ils bénéficient actuellement continuent de les propulser dans des États démographiquement plus divers tels que le Nevada et la Caroline du Sud, qui se prononceront les 22 et 29 février.

L’objectif prioritaire de Buttigieg et Klobuchar au cours des prochains jours sera donc de courtiser les Latinos et Afro-américains, deux constituantes clés de l’électorat démocrate, s’ils veulent avoir une chance sérieuse de ravir l’investiture du parti. 

Il semble clair que Bernie Sanders n’est pas le candidat favori de l’«establishment» démocrate, des médias ou d’un électorat plus âgé, fortuné et modéré. Se disant porté par un authentique mouvement populaire, Sanders est plus à même de recueillir les voix des Américains plus jeunes, moins fortunés et habituellement moins engagés dans le processus politique. Plus que tout autre candidat démocrate, il a aussi été en mesure de créer une coalition multiraciale de travailleurs et de susciter un grand enthousiasme parmi ses partisans.

Sanders peut compter sur une impressionnante armée de bénévoles et de militants, une organisation solide dans l’ensemble du pays et une quantité sans précédent de dons individuels. Prenant acte de la montée en puissance de Sanders, les démocrates plus modérés cherchent désespérément à se rallier autour d’un seul candidat. 

Pour l’instant, cette hésitation profite à Sanders, mais il devra éventuellement se mesurer à un candidat centriste. Même si l’objectif commun à tous les démocrates est de battre Donald Trump, on ne peut tout simplement pas savoir avec certitude lequel des candidats à la nomination sera le mieux placé pour le faire.

Au-delà de l’analyse des forces et faiblesses de chaque candidat et des mouvements de l’opinion publique, il faut se demander comment un sénateur indépendant se réclamant du socialisme (même si Sanders est en réalité plus près de la social-démocratie à la scandinave) a pu se hisser au-devant de la scène politique américaine, au même titre qu’un multimilliardaire (Michael Bloomberg) qui entre dans la course avec plusieurs mois de retard.

Cette situation en dit long sur l’état de la démocratie américaine, qui a été fragilisée par la séparation graduelle entre les droits politiques et socioéconomiques, et sur le degré de confiance envers les institutions, les partis politiques et les politiciens professionnels.

Tous les candidats démocrates, sans exception, décrient les mêmes maux : la prise en otage de la démocratie américaine par les intérêts particuliers, les inégalités, la pauvreté, les salaires stagnants ou trop bas, les changements climatiques, le coût extrêmement prohibitif de la santé, des médicaments, de l’éducation et des garderies. Il s’agira pour les Américains de choisir les remèdes, des plus conciliants au plus drastiques, qui seront déployés pour confronter ces problèmes.

*Les auteurs ont participé à une mission d’observation électorale au New Hampshire