L'auteur de cette lettre d'opinion espère que le gouvernement du Québec mettra tout en œuvre pour que les dispositions du Plan en santé mentale touchant les membres de l’entourage se réalisent pour de bon, et ainsi amener davantage de sens et cohérence dans les interventions auprès des familles.

Pour une inclusion des familles en santé mentale

Avec cette Semaine québécoise des familles qui vient de se terminer, soulignons l’apport inestimable des membres de l’entourage d’une personne vivant avec une problématique de santé mentale. Il advient qu’on néglige trop souvent leur contribution dans le rétablissement. Rendons hommage à ces mères, à ces pères, aux sœurs et aux frères, aux conjointes et conjoints, à ces filles et fils, à tous ceux qui accompagnent un proche qui traverse des difficultés.

Toutes ces personnes peuvent être amenées à vivre une pléiade d’émotions et de sentiments, parfois contradictoires. Puis, il y a les questionnements, les dilemmes, les incertitudes. Comment aider sans m’épuiser? Vers quelles ressources m’orienter, pour mon proche et pour moi? Le défi est de taille pour les familles, qui plus est quand la Santé mentale se maintient comme un parent pauvre du réseau de santé et des services sociaux. Être membre de l’entourage, c’est dans certains cas, pour des parents, d’envoyer de force — et à contrecœur — leur fils à l’hôpital alors qu’ils ne le reconnaissent plus, que ce dernier est devenu méfiant, voire imprévisible. Combien y a-t-il de ces histoires de parents qui amènent leur enfant à l’hôpital dans une incompréhension totale de ce qui se passe? Alors qu’ils souhaiteraient comprendre, connaître de quoi souffre leur enfant, certaines familles se heurtent au manque de considération de la part du personnel soignant.

Et c’est ainsi que le droit d’être informé, de transmettre des observations à l’équipe traitante, le droit d’être accompagné, la nature confidentielle de l’avis de tiers, la référence systématique aux organismes d’aides, le dialogue ouvert avec les intervenants, notamment, demeurent des enjeux d’importance. Il est essentiel que les membres de l’entourage continuent de prendre leur place dans le réseau et qu’on leur reconnaisse un rôle de premier plan : «Les familles doivent être identifiées comme des interlocuteurs valables et des agents de première ligne dans le traitement de leurs proches [...] un écart existe toujours entre le discours politique et ce qui se fait concrètement sur le terrain», de soutenir Marie-Hélène Morin, professeure en travail social à l’UQAR. 

Dans le Plan d’action en santé mentale (PASM) 2015-2020, il est clairement mentionné l’importance du rôle des membres de l’entourage et est reconnu l’état des lieux précédemment évoqué. De plus, on y affirme que «l’implication de membres de l’entourage contribue à une diminution de la détresse psychologique de ceux-ci tout en réduisant le nombre de rechutes chez la personne atteinte de maladie mentale.» S’en suivent plusieurs mesures et dispositions. Mais si plusieurs mesures du PASM sont intéressantes, de même que les normes d’agrément en vigueur dans le Réseau prévoient plusieurs recommandations pour faciliter, impliquer et reconnaitre la participation et le rôle des membres de l’entourage et des familles, il demeure que l’application pratique fait défaut, l’organisation ne sachant pas toujours comment transformer leurs pratiques dans le concret. 

La volonté semble là, mais encore faut-il savoir comment s’y prendre et encadrer les gestes à poser. Encore faut-il aussi que les intervenants sur le terrain aient la latitude nécessaire — alors que la Nouvelle gestion publique fait rage. Jusqu’à maintenant le Réseau n’honore pas ses propres obligations, pas plus qu’il ne s’en donne les vrais moyens. Bref, il est à espérer que le gouvernement du Québec mettra tout en œuvre pour que les dispositions du Plan en santé mentale touchant les membres de l’entourage se réalisent pour de bon, et ainsi amener davantage de sens et cohérence dans les interventions auprès des familles.

Étienne Boudou-Laforce, Québec