Il faut s’interroger si l’Université Laval n’aurait pas intérêt à s’engager dans cette voie, à la faveur des sciences cognitives en plein essor, demande l'auteur de ces lignes.

Pour une Faculté des sciences de la cognition

Les facultés sont des structures administratives qui sont appelées à évoluer, en dépit de l’inertie naturelle inhérente à toute institution. Les dernières décennies ont vu un développement considérable des sciences cognitives et il n’est pas certain que les structures actuelles de l’Université Laval (UL) permettent d’en optimiser les progrès.

Les recherches menées en philosophie, linguistique ou psychologie convergent plus que jamais dans un large champ qu’on reconnaît aujourd’hui comme celui des sciences cognitives. Les méthodes quantitatives, analytiques et logiques largement exploitées dans ces disciplines manifestent une nature mixte, typique à la fois des sciences «dures» et «molles».

D’autres universités montrent l’exemple en combinant ces disciplines au sein de mêmes départements ou facultés. Le linguiste Noam Chomsky a notamment contribué à établir la réputation du Department of Linguistics & Philosophy au Massachusetts Institute of Technology. Il faut s’interroger si l’Université Laval n’aurait pas intérêt à s’engager dans cette voie, à la faveur des sciences cognitives en plein essor. Au début du XXe siècle, Ferdinand de Saussure, fondateur de la linguistique moderne, n’avait-il pas d’autre part inscrit la linguistique comme branche de la psychologie?

L’Université Laval a la chance administrative de déjà compter en son sein une Faculté de philosophie, bien que sa réalité soit plutôt celle d’un département, au vu des 17 professeurs qui la composent. Ne pourrait-on pas imaginer qu’à cette Faculté de philosophie se greffent linguistique et psychologie? Cela pourrait transformer une faculté mineure en puissance de recherche unie et motivée par les différentes dimensions de la cognition humaine.

L’appartenance facultaire exige une certaine pertinence. On a déjà vu des disciplines déménager au sein de l’Université Laval (par exemple, la géographie). L’évolution rapide des sciences remet en question d’anciennes structures administratives et le malaise de certaines disciplines invite à chercher des solutions entre facultés. 

Cette proposition répond à l’appel aux idées lancé par le nouveau rectorat. Elle mérite certainement réflexion.

Pierre Gendreau-Hétu, linguiste, Québec