La fermeture du secteur général et de l’adaptation scolaire à l’école Cardinal-Roy ne prend pas assez en considération les besoins des jeunes et des quartiers entourant l’établissement, dénoncent les auteures.

Pour une école de quartier de qualité

Suivant l’intention du conseil d’établissement de l’école Cardinal-Roy de changer la vocation de l’école aux seules fins du Sports-Arts-Études, qui entrainera la fermeture du secteur général et de l’adaptation scolaire, nous croyons que cette décision aura des répercussions importantes sur toute la communauté locale de la Basse-Ville de Québec. Ainsi, à titre de parents et membres de la communauté, nous nous positionnons contre le changement de statut de l’école et pour l’analyse de nouveaux scénarios.

Parce que le scénario proposé tient peu compte de la réalité et des besoins des jeunes, des familles et des quartiers touchés.

Puisque Cardinal-Roy est l’école secondaire de bassin du centre-ville, nous pensons que la Commission scolaire de la Capitale doit prioriser une offre de services adaptée aux besoins des jeunes relevant de sa responsabilité plutôt que d’investir ses ressources pour répondre aux besoins d’élèves provenant d’autres bassins et, pour certains, d’autres commissions scolaires. Sur les 170 élèves admis aux programmes contingentés de Sports-Arts-Études en 2017-2018, seulement cinq provenaient de son bassin. Puis, plusieurs faits témoignent que l’établissement s’est progressivement détourné des élèves relevant d’elle pour finalement aujourd’hui proposer de les abandonner complètement. Cette situation est vraiment dommage, particulièrement puisqu’elle concerne une population en grands besoins. À titre d’exemple, mentionnons que le portrait démographique de la Basse-Ville présente une augmentation des 0-4 ans et 5-12 entre 2011 et 2016. On observe aussi une augmentation des enfants fréquentant les écoles primaires du secteur et le manque d’espace. Selon les données du ministère de l’Éducation, le taux annuel de décrochage scolaire au secondaire en 2012-2013 était de 37 % en Basse-Ville comparativement à 11 % pour la Capitale-Nationale. Rajoutons qu’en 2010, c’est 20 % des familles de la Basse-Ville qui vivaient sous le seuil de faible revenu comparativement à 9,2 % pour la Capitale-Nationale. La réalité des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur impose qu’on se questionne sur l’école que nous voulons offrir aux jeunes de ces milieux. Actuellement, le projet de l’école Cardinal-Roy ne répond pas aux besoins de sa communauté.

Parce qu’une école de quartier joue un rôle inestimable dans sa communauté locale

Les liens entre l’école, la famille et la communauté sont importants pour soutenir les jeunes face aux défis qu’ils rencontrent. Cette collaboration est d’ailleurs largement reconnue comme un élément favorisant la réussite éducative, le bien-être et la santé chez les jeunes (INSPQ, 2010). Nous craignons fortement que la scolarisation des jeunes à l’extérieur de leur communauté locale amenuise la capacité de maintenir ces liens bénéfiques. Le maillage tissé au fil des années du primaire s’en trouvera rompu et les jeunes deviendront plus à risque d’éprouver des difficultés à la suite de leur transition vers le secondaire.

Pour contrer la ségrégation et favoriser la mixité scolaire et la réussite

La recherche nous démontre que pour améliorer la réussite scolaire et diminuer le décrochage, l’une des solutions les plus efficaces et les moins coûteuses est de favoriser la mixité scolaire; de nombreux acteurs dénoncent à juste titre la tendance à l’homogénéisation des classes. Le Conseil supérieur de l’éducation, dans son Rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2014-2016, soutient que «L’état des lieux montre aussi que la stratification de l’offre de formation pendant la scolarité obligatoire — causée par la multiplication des programmes particuliers sélectifs et des établissements privés — entraîne des inégalités de traitement au bénéfice des plus favorisés. Autrement dit, ceux qui en auraient le plus besoin ne profitent pas des meilleures conditions pour apprendre, ce qui est contraire à l’équité.»

Ceci étant, nous recommandons qu’une réflexion plus large sur l’offre scolaire des écoles secondaires du centre-ville de Québec soit menée afin de s’assurer de répondre aux besoins des élèves des bassins concernés. Les principes d’égalité des chances et de justice sociale devront être au cœur de cette démarche. Finalement, que Cardinal-Roy valorise et bonifie l’offre éducative au secteur régulier.

Les commissions scolaires ont la responsabilité de «s’assurer que les élèves de leur territoire reçoivent les services éducatifs auxquels ils ont droit […], en tenant compte des besoins exprimés et des inégalités sociales et économiques» (FCSQ, 2018). L’opportunité est aujourd’hui donnée à la commission scolaire de se positionner en leader pour la mixité et contre la ségrégation scolaire. Nos écoles sont à l’image de notre société: si nous voulons une société où il fait bon vivre pour tous et toutes, nous devons faire des choix conséquents pour nos écoles.

Audrey Santerre-Crête et Patricia Collerette, Pour le Comité pour le maintien du secteur régulier et de l’adaptation scolaire à l’école Cardinal-Roy