Le député de Québec solidaire Sol Zanetti demande la tenue d’un forum de consultation sur la santé mentale des jeunes.

Pour une démarche de consultation élargie en matière de santé mentale

Lettre à Mme Danielle McCann, députée de Sanguinet et ministre de la Santé

Madame la ministre,

Lorsque vous avez annoncé, le 19 février, la tenue d’un forum de consultation sur la santé mentale des jeunes au printemps, plusieurs ont salué votre initiative, du moins du point de vue des intentions. S’il y a bien un constat sur lequel tous les partis se rejoignent, c’est qu’il faut faire plus d’efforts en la matière.

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Si nous sommes d’accord sur le fond, nous ne le sommes pourtant pas sur la forme. La fin de non-­recevoir que vous avez opposée à la députée libérale Hélène David, qui proposait en décembre dernier de tenir une commission parlementaire itinérante sur la santé mentale des jeunes, en a laissé plus d’un perplexe. Jugeant qu’une telle démarche serait «trop longue», vous avez plutôt plaidé pour un forum d’une ou deux journées, un moyen plus efficace d’«agir maintenant». Permettez-moi de douter d’un tel raisonnement.

Opposer la lenteur d’une commission parlementaire à la nécessité d’agir rapidement m’apparaît à bien des égards comme un faux dilemme. En quoi prendre le temps de mener une réflexion sur un enjeu aussi fondamental nous empêche-t-il de déployer, en parallèle, des mesures immédiates pour pallier au manque criant de ressources en intervention? À l’heure où plus d’un jeune Québécois sur cinq est aux prises avec des problèmes de santé mentale, à l’heure où les difficultés d’accès aux services psychosociaux se font sentir autant dans le réseau de la santé que dans les milieux communautaires, il y a une véritable urgence d’agir. Seulement, nous sommes d’avis qu’agir rapidement ne doit pas nous empêcher d’agir intelligemment.

Agir intelligemment, c’est écouter les personnes liées de près ou de loin à la problématique de la santé mentale chez les jeunes : médecins, infirmières, travailleurs sociaux, experts du milieu communautaire ou proches aidants, par exemple. Sans oublier, bien sûr, les jeunes eux-mêmes. Agir intelligemment, c’est aussi prendre le temps de consulter toutes les régions du Québec afin de constater, sur le terrain, la réalité spécifique à laquelle chacune d’elle est confrontée quotidiennement.

Agir intelligemment, enfin, c’est s’assurer que tous les enjeux liés à la santé mentale des jeunes figurent à l’ordre du jour des consultations, que l’on pense à la surmédicalisation, au stress et à l’anxiété dans le milieu universitaire, à la prévention du suicide ou encore au soutien des familles endeuillées. Or, comment aborder toutes ces questions en une ou deux journées de forum? Comment s’assurer que tous et toutes, peu importe leur domaine d’expertise ou leur région, aient l’occasion de s’exprimer? En deux jours, un tel exploit relève de la mission impossible.

C’est ce constat qui a nourri l’inquiétude de plusieurs groupes issus des milieux étudiant, communautaire et de la santé. Le caractère expéditif de votre forum donne en effet la désagréable impression que la CAQ cherche avec entêtement à mettre le couvercle sur la marmite d’un problème beaucoup trop complexe pour être abordé en l’espace d’une journée. Sans parler du fait qu’en balayant du revers de la main la commission parlementaire au profit du forum, votre gouvernement s’assure d’avoir l’entière discrétion quant au choix des intervenants invités à prendre la parole.

Comme ces groupes, nous sommes d’avis qu’il est absolument nécessaire d’élargir les consultations afin que le plus grand nombre possible d’intervenants ait l’occasion de nourrir cette importante réflexion collective sur notre approche en santé mentale. L’idée d’une commission parlementaire ayant été écartée par votre gouvernement, reste alors l’option de tenir un forum étalé sur plusieurs jours, une formule qui, à défaut d’être parfaite, a au moins le mérite d’accorder la parole à un plus grand nombre de personnes.

D’ici à ce que ces consultations soient menées, plusieurs mesures concrètes peuvent être mises en œuvre. Le dépôt du premier budget du gouvernement Legault offre une belle occasion de débloquer des fonds et d’augmenter le financement des organismes communautaires spécialisés dans le domaine de la santé mentale et de l’intervention auprès des jeunes. Plus de crédits signifie plus de moyens pour intervenir en première ligne, là où les besoins se font le plus sentir. Nul besoin d’attendre les conclusions de la commission pour agir en ce sens.

Qu’ils soient étudiants et étudiantes, médecins, travailleurs sociaux ou experts en santé mentale, ces gens ne demandent qu’une chose : être écoutés. Aujourd’hui, madame la ministre, je vous demande en leur nom de revenir sur votre position et de ne pas faire l’économie d’une sérieuse démarche de concertation. Celle-ci pourrait, à bien des égards, nous éviter de poser des gestes dans la précipitation. Il y a urgence d’agir, certes, mais il y a aussi — et surtout — urgence de bien faire.