Le Québec s’unit pour dire qu’il ne faut jamais oublier le drame de la fillette de Granby afin que de tels cas ne se reproduisent plus.

Pour se souvenir d’une victime sans nom et sans visage

POINT DE VUE / Dans la foulée de la couverture médiatique entourant le décès de la fillette de Granby, on peut évidemment se poser beaucoup de questions sur notre Loi sur la protection de la jeunesse, et son application au quotidien. Il y a cependant une question qui tourne sans cesse dans mon esprit : pourquoi interdire la publication des noms de la victime et de ses bourreaux, maintenant?

Ayant travaillé plus de 30 ans à faire appliquer nos lois pénales, je connais bien ces dernières et, dans la plupart des cas, j’en comprends bien le fond et les objectifs.

Toutefois, dans ce cas précis, quelque chose m’échappe. On tait habituellement les noms dans les affaires criminelles impliquant des personnes mineures pour protéger les enfants. J’aimerais comprendre de quoi on essaie de protéger cette pauvre enfant maintenant que toutes nos lois, toutes nos instances ont lamentablement échoué à la protéger alors qu’elle vivait sa triste vie. Il est trop tard pour se soucier de sa protection. Nos lois l’ont abandonnée.

Doit-on se soucier de taire les noms des deux adultes à qui le tribunal en avait confié la garde? Pour quelle raison? Les protéger eux aussi? Les traitements faits à la fillette ne peuvent qu’avoir été l’œuvre de deux êtres fuckés jusqu’à la moelle, sans aucun respect pour la vie ou pour les instances leur ayant confié la garde de leur victime. Méritent-ils la protection d’une quelconque loi?

Le Québec en entier, du badaud à nos élus, s’unit pour dire qu’il ne faut jamais oublier le drame de cette fillette afin que de tels cas ne se reproduisent plus. Comment peut-on se souvenir d’une victime sans nom, sans visage?

Cette enfant, dont la courte vie n’aura été qu’une série d’abandons, mérite qu’on se souvienne d’elle en tant qu’une personne, non pas un simple fait divers anonyme qui finira par être effacé par un autre fait divers anonyme. 

Elle n’aura connu que très peu d’honneurs pendant sa trop courte vie, son nom pourrait servir à honorer sa mémoire.