Pour le maintien de la station Gérard-Morisset sur le parcours du futur tramway de Québec

Ce texte reprend essentiellement l’argumentaire de la pétition en ligne que l’on retrouvera à cette adresse : https://bit.ly/33F30aV. Au moment d’écrire ces lignes, la pétition compte quelque 230 signataires qui s’ajoutent aux 173 de la pétition des résidents de La Champenoise pour un total de plus de 400 signatures.

En égrenant les stations de tramway qui vont jalonner le parcours du futur tramway de Québec, les usagers de la Station Gérard-Morisset, arrêt achalandé du réseau de Métrobus sur René-Lévesque, ont pu constater que celle-ci allait disparaître et que le tramway allait désormais passer droit à cette hauteur pour s’arrêter nettement plus loin à l’ouest à une éventuelle Station Maguire.

Les résidents de La Champenoise, CHSLD et résidence pour personnes âgées autonomes et semi-autonomes seront les premiers heurtés par la suppression de la Station Gérard-Morisset. Ils sont 370 et constituent une clientèle dépendante, voire captive, du transport en commun. Ils ont déjà signé une pétition qui a trouvé son chemin vers les élus de la Ville. Il nous faut les appuyer publiquement. D’une mobilité moindre et fragilisés par l’âge, ils se retrouveront pour plusieurs paralysés par la distance supplémentaire qui les séparera de l’accès au transport en commun à l’éventuelle Station Maguire, en particulier en hiver lorsque les trottoirs se chargent de neige ou se vernissent de glace pendant des heures et des jours. C’est une question de qualité de vie, de liberté de mouvement et de santé. Reléguer plus de ces concitoyens au transport adapté avec ce que cela peut comporter de multiplication des petites misères, de diminution des opportunités et de coûts de toute sorte ne transparaît peut-être pas derrière une fulgurance de bas de chiffrier, mais achève néanmoins de peser sur les affres d’une mobilité réduite et sur le simple fait de vieillir.

Cette prospective navrante n’est pas inexorable, d’autant plus qu’elle est tributaire d’une fausse bonne idée, celle de dresser comme une évidence enfin constatée une station de tramway à l’intersection de Maguire et de René-Lévesque. Là, par une épiphanie computationnelle, on a découvert un bassin de desserte qui déclassera celui qui entoure la station Gérard-Morisset à un horizon où la marge d’erreur devient astrologique. L’endroit aurait un «potentiel d’interconnexion», entendez qu’il est à une intersection, qui «optimisera» le service par tramway sur ce segment de René-Lévesque. La chose étonne car ce potentiel, s’il en est vraiment un et on peut en douter, existe depuis bien avant le service de Métrobus et ne s’est pourtant jamais valu une station en propre. Essentiellement, on rapièce laborieusement la clientèle longuement établie de la Station Gérard-Morisset avec celle de la portion commerciale de la rue Maguire et on étire la chose pour englober celle du Cégep Garneau.

Or, la station de Métrobus Gérard-Morisset est équidistante des stations Holland et Myrand, respectivement à 670 et 710 mètres de chaque côté, et elle est au centre de la partie la plus dense de son bassin de desserte. La portion commerciale de la rue Maguire se trouvera à 610 mètres de là au plus près. Ironiquement, la Station Maguire sur René-Lévesque sera donc plus loin de la portion commerciale de la rue Maguire que de la station Myrand qui se trouvera à 480 mètres à l’ouest. La portion commerciale de la rue Maguire est déjà bien desservie, notamment à ses deux extrémités sur les chemins Saint-Louis et la rue Sheppard, par les parcours réguliers d’autobus, principalement les 11, 16 et 25. Il y a fort à parier que ce service à proximité ne sera pas aboli pour alimenter le tramway. L’interconnexion qui voudrait doper le tramway viendrait du parcours 16, lequel laisse descendre ou monter un flux homéopathique d’usagers au coin de Maguire et René-Lévesque. Quant au Cégep Garneau, à 850 ou 900 mètres de là, selon que vous mesuriez de la station à être créée ou de celle à être supprimée, il n’a jamais été desservi depuis René-Lévesque par autobus sur Painchaud qui prolonge Maguire vers le nord. Un parcours descend bien depuis l’ouest en passant par l’avenue du Bon Air, mais on n’a jamais cru bon d’y mettre des arrêts de Myrand jusqu’au chemin Sainte-Foy. Tant va pour la pertinence. 

Cela dit, le cégep est bien desservi par le Métrobus sur le Chemin Sainte-Foy ainsi que par plusieurs parcours qui s’y arrêtent directement. Là non plus, on peut croire que l’on ne songerait pas à diminuer ce niveau de service pour favoriser le tramway sur René-Lévesque près d’un kilomètre plus au sud. À ce chapitre, il faut noter que l’on ajoutera un accès mécanique de la Station de trambus Semple sur la rue Frank-Carell à l’avenue Baillargé, augmentant ainsi l’accès au Cégep Garneau du côté nord.

La station Maguire sera à 900 m, soit à près d’un kilomètre de Holland, placée au milieu d’un endroit où rien de mobile ne semble vouloir rester longtemps. La station à être créée se grugerait un espace dans le Parc Anet-Gomin, pratiquement désert en permanence et qui s’étire vers le nord par une grande esplanade gazonnée qui aboutit à un funérarium. À l’ouest, on trouve bien deux édifices résidentiels, mais ceux-ci cèdent tout de suite la place à deux cimetières sis de part et d’autre de René-Lévesque. Un jet de pierre plus loin, vous êtes à la station Myrand. 

Incidemment, on diminuera la qualité de service là où il y a plus d’usagers, c’est-à-dire autour de la station Gérard-Morisset, pour la bonifier là où il y a paradoxalement des espaces inhabités et manifestement moins de résidents. Ceci se confirme à la vue de la carte témoignant de la densité des déplacements pour l’ensemble de la ville.

Des bruits de corridors ajoutent aux notions d’optimisation et de potentiel d’interconnexion des chiffres qui, on pourra en faire le pari, ne trouveront jamais leur vérité. On compare avec aplomb des chiffres extrapolés autour d’une station qui n’existe pas desservie par un moyen de transport de plus grande capacité à être déployé, le tramway, à ceux courants d’une station de Métrobus existante desservie par des autobus d’aujourd’hui qui transportent forcément moins de gens. On compare les pommes non pas aux oranges, mais à l’idée que l’on se fait d’oranges idéales. Étrangement, on ne donne pas non plus l’augmentation possible de l’achalandage d’une station Gérard-Morisset qui serait désormais desservie par un tramway.

Cependant, en l’état, la station Gérard-Morisset fait bonne figure. En plus de bien desservir une clientèle pour qui elle est aussi souvent la seule option, la station Gérard-Morisset est bien ancrée dans son bassin de desserte. 

Depuis la mise sur pied du réseau Métrobus il y a plus de deux décennies, elle s’est intégrée organiquement dans le tissu urbain qui l’entoure et cela couvre largement plus que la «boucle monofonctionnelle (résidentielle) de Gérard-Morisset» à laquelle les penseurs du projet la confinent. Au sud, des allées la relient au Chemin Gomin où se trouve l’École L’Excellence et à la rue du Parc-de-la-Chesnaye. Au nord, La Champenoise et les édifices résidentiels de Gérard-Morisset voisinent directement la station. Plus au nord, le parc Notre-Dame-de-Bellevue est connecté à la rue Eymard et à une autre partie du quartier par un passage piétonnier et cyclable. Tout à côté se trouve le Collège Stanislas et encore plus au nord, de l’autre côté du Chemin Sainte-Foy, la rue Vimy se prolonge et mène au Cégep Garneau.

Ce que l’on imagine aisément d’une éventuelle station Maguire, c’est un achalandage qui proviendra essentiellement de l’est et des vecteurs qui menaient à la station Gérard-Morisset. Pour plusieurs usagers courants, dont les résidents de La Champenoise mais aussi nombre d’usagers à l’est, ce nouvel emplacement risque fortement de diminuer leur adhésion au transport en commun. Au surplus, le remplacement de ces usagers par de nouveaux d’un secteur moins dense procède d’une logique à établir.

La preuve de gains d’achalandage significatifs issus de l’axe Maguire/Painchaud demeure aussi à faire, de même qu’il faudra voir ce qu’une Station-Maguire, dans un mouvement lamentablement inutile, ira enlever de clientèle à la station Myrand alors qu’elle en sera passablement rapprochée. Quant à l’apport direct du tramway à la santé économique de la portion commerciale de la rue Maguire, on peut douter qu’il soit accru par le passage du tramway à 610 mètres au nord sur René-Lévesque alors qu’il ne l’a pas vraiment été par le service Métrobus sur le même axe pendant deux décennies.

Il faut saluer le projet de réseau structurant et son tramway. C’est un tour de force politique et économique qui répond au bout d’années d’effort et de concertation à des impératifs locaux et régionaux qui ont désormais une résonance planétaire. La bonne volonté des promoteurs du projet n’est pas en cause, ni leur compétence, quoi que pointe ce qui précède. Mais, l’erreur aveuglément planifiée et soigneusement calculée est l’apanage des projets complexes, et celui-ci en est un, faut-il le redire. 

Il serait simplement méritoire de biffer les méprises qui relèvent d’épiphanies technocratiques discutables lorsqu’elles peinent à se tenir sitôt surgies. Maintenir la station Gérard-Morisset sur le parcours du futur tramway ne vise pas à triompher de méthodes de calcul, de pratiques reconnues ou autres équations platement élégantes aux yeux des ingénieurs, mais veut simplement remettre les humains au centre du projet et en rétablir la finalité.