Clément Laberge (au centre) et son groupe organisent un dernier rendez-vous sandwich, le vendredi 10 novembre, de 12h à 12h30 devant l’Assemblée nationale.

Pour en finir avec le cynisme systémique

Le Québec souffre d’un burnout politique. Un épuisement qui laisse beaucoup de monde désemparé devant une impasse sociale de plus en plus évidente.

Que faire devant ce constat? S’indigner chacun notre tour sur les réseaux sociaux? Se réfugier dans une partisanerie pire que celle qui nous irrite? Décrocher complètement pour se replier dans un confortable chacun-pour-soi?

Il y a un an, une série d’événements nous a fait sortir de nos gonds : écoeurantite aiguë. Nous avons cru nécessaire de nous engager dans une démarche exutoire.

Depuis un an, nous nous sommes réunis chaque vendredi devant l’Assemblée nationale, le temps de manger un sandwich en cherchant à résoudre ce dilemme.  C’est une démarche exigeante, que l’on pourrait juger futile, mais que nous croyons utile, parce que la recherche d’une solution s’avère déjà une première façon de rester actifs et engagés. De ne pas sombrer. C’est un symbole.

Toute l’année, les raisons de s’indigner se sont succédé, chaque semaine, l’une remplaçant la précédente... à un rythme si effarant qu’il fallait probablement un rendez-­vous hebdomadaire pour le constater. L’année a été un feu roulant de raisons capables d’entraîner quelqu’un dans la lassitude et la perte de confiance dans le monde politique. Mais nous avons tenu bon. 

Chaque semaine, nous avons fait l’effort de transformer notre indignation en quelque chose de plus positif : en échangeant, en adoptant d’autres perspectives, en cherchant la lumière au bout du tunnel. C’est un rendez-vous qui nous a fait du bien, duquel nous sommes chaque fois repartis revigorés, et un peu plus sereins. Du même coup, nous avons un peu moins chialé sur les réseaux sociaux — ce qui est déjà pas mal comme résultat, parce que cela ne mène le plus souvent à rien.

Après 30 semaines, nous avons publié un texte pour interpeller élus et journalistes. Un texte qui a eu bien peu d’échos. Nous nous sommes parfois demandé s’il fallait en publier un autre, choisir des mots plus forts, plus polémiques ou provocateurs. Nous avons choisi de ne pas le faire pour ne pas alimenter les mécanismes négatifs que nous déplorons.

Vingt-deux semaines plus tard, cette année de rendez-vous aboutit sur le constat que la dynamique politique est dans une impasse partisane au Québec et que la manière dont les médias (et notre usage des médias sociaux) s’en font l’écho a pour effet d’empirer la situation. 

Au moment où nous mettons un terme à cette séquence de 52 vendredis sandwich, on se dit qu’il serait peut-être utile d’envisager la mise sur pied de quelque chose comme une commission sur le cynisme systémique. Il est urgent de comprendre pourquoi notre désabusement prend plus de place dans l’espace public que nos espoirs et les projets qui sont censés les incarner. 

Autrement, le Québec court le risque de s’embourber de plus en plus profondément dans des débats qui n’ont rien à voir avec les défis réels auxquels nous sommes confrontés. La lassitude et le désengagement sont toxiques pour notre avenir.

Vivement que des hommes et des femmes politiques assument un leadership dans cette nécessaire reprise en main de notre santé mentale collective. L’apport des médias est également indispensable pour que cette reprise en main soit possible. Mais il ne faut pas seulement attendre que le changement vienne des autres. Le réveil citoyen veut aussi que chacun de nous consacre un peu plus d’énergie à soutenir des projets inspirants et un peu moins à s’époumoner sur les sujets qui nous enragent.

Vivement qu’on fasse de l’espace dans nos vies pour ces projets inspirants et que chacun d’entre nous puisse recommencer à se mobiliser pour quelque chose plutôt qu’uniquement contre quelque chose.

C’est dans cet esprit que nous vous invitons à vous joindre à nous pour un dernier rendez-vous sandwich, le vendredi 10 novembre, de 12h à 12h30 devant l’Assemblée nationale. 

Clément Laberge, Marie-Claude Côté, Marianne Kugler, Étienne Ferron-Forget, Louis Germain, Benoît Tardif, Marie-Claude Perron, Martine Rioux, Nathalie Perreault, Lynda Cloutier, Annie Morin, Marie Lavoie, Marjorie Ramírez, Marie-Hélène Vaugeois, Sylvain Bérubé et une vingtaine d’autres personnes qui sont venues manger un sandwich avec nous au moins une fois au cours des 12 derniers mois