La plaque commémorative à la mémoire des victimes de la tuerie du 6 décembre 1989 à la Polytechnique.

Polysesouvient: assez c'est assez!

ÉDITORIAL / La campagne d’intimidation que mène depuis des années le lobby pro-armes et anti-registre contre l’organisation Polysesouvient a trop duré et elle doit cesser.

Le groupe «Tous contre un registre Québécois des armes à feu» s’est disqualifié de lui-même lorsqu’il a décidé d’aller manifester à la Place du 6-décembre-1989, le lieu même dédié à la mémoire des victimes de la tuerie de Polytechnique. 

Le but était d’attirer l’attention, soutiennent Guy Morin et Jessie McNicoll, les deux portes-paroles. Mais cette décision s’inscrivait aussi dans une campagne d’intimidation, de harcèlement qui cible personnellement des femmes pour leur travail en faveur du contrôle des armes à feu, contre laquelle nous devons nous élever. 

Il faut lire les écrits et écouter les vidéos mis en ligne sur la page Facebook du groupe pour prendre la mesure de la hargne, quand ce ne sont pas des insultes, déversées contre Heidi Rathjen et Nathalie Provost. 

Le propriétaire d’une boutique de Québec qui appelle à manifester contre les «les osties de pleureuses de Poly», est applaudi par Guy Morin. Le groupe appuie aussi tacitement les attaques contre la page Facebook de Polysesouvient, et l’escalade verbale, quand certains vont jusqu’à inciter les sympathisants à vouer une «haine parfaite» à Mme Rathjen.  

On ne peut pas tolérer que des individus, qui se définissent et se reconnaissent par leur passion pour les armes, encouragent ce genre d’intimidation, qui risque tôt ou tard de déraper. Les débats dans notre société, surtout lorsqu’il est question d’armes à feu, doivent se faire sur les idées, pas en s’attaquant aux individus de cette façon.

C’est le gouvernement qui adopte les lois, pas un regroupement de victimes. Une large partie de la population est favorable au rétablissement du registre, et cette demande est appuyée, et réclamée, par les corps policiers. C’est à eux que les citoyens doivent faire savoir leur accord ou leur opposition. Mais il est tellement plus facile de s’en prendre aux victimes de Poly. 

La décision de se présenter à la Place du 6-décembre-1989 envoie aussi un étrange message. Doit-on comprendre que ce groupe d’opposants au registre voit un parallèle entre les victimes d’une tuerie et des propriétaires qui se voient imposer l’obligation d’enregistrer leurs armes? 

La création d’un registre d’armes à feu est une tracasserie administrative, ce n’est ni une répression, ni une attaque contre des libertés ou des droits fondamentaux. C’est néanmoins ce que tente de faire croire une minorité de propriétaires qui, comme Guy Morin, voient dans tout nouveau contrôle «le moyen de désarmer une population à petit feu». 

Son groupe ne représente pas tous les propriétaires d’armes à feu québécois. Plusieurs n’ont pas hésité à se dissocier de cette manœuvre déplorable. 

Tout comme la NRA, les dirigeants de «Tous contre le registre...» essaient de faire dévier la discussion à propos du contrôle des armes vers les problèmes de santé mentale, comme si l’un devait automatiquement exclure l’autre.  Ce n’est pas le cas. 

Cela fait des mois maintenant que des opposants au registre tentent de bâilloner par la force une organisation dont les actions sont guidées par la volonté d’assurer la sécurité des citoyens, quelle que soit notre opinion sur les moyens proposés. Ceux qui encouragent cette forme d’intimidation s’excluent eux-mêmes de toute discussion.