Point de vue

Honorer l’impossible

La vie, sur notre planète, implique son lot de tragédies. La nature elle-même nous rappelle notre fragilité. Trop de froid ou trop de chaud et nous pouvons perdre notre propre vie. Maladies, virus, accidents, désastres naturels s’ajoutent à ces catastrophes.

Mais les tragédies les plus abjectes, inadmissibles, sont celles que nous créons. L’une d’entre elles est la guerre. Et pourtant elle existe, et se manifeste de façon ininterrompue depuis que nous existons. Par protection, agression, mésentente, ressentiments, impulsivité, désir de pouvoir, protection, elle existe.

Le jour du Souvenir, célébré dimanche dernier, commémore la fin de la Première Guerre mondiale en 1918. Pour cette occasion, on a pu voir un peu partout des gens qui portaient le coquelicot rouge. Car durant la Première Guerre mondiale, ces plantes se mirent à pousser dans des endroits inusités, dont les Flandres, où elles ne poussaient que très rarement. En effet, les bombardements créèrent d’importantes quantités de poussière de chaux qui, se mêlant aux sols crayeux de la région, donnèrent un sol propice à ce que la fleur se développe pour une courte période.

Je constate que certaines personnes ressentent un malaise à porter ce symbole, l’associant à la guerre. Cela me rappelle la nécessité de justement se souvenir, de porter un intérêt à notre histoire. Pour ainsi rétablir la véritable symbolique de ce jour, la fin de la guerre et non pas sa promotion. L’honneur porté aux soldats qui ont donné leur vie, soit plus de 117 000 Canadiens qui, à ce jour, ont fait ce sacrifice.

Certes, en 2018 les réalités politiques internationales sont plus complexes. Il est parfois difficile de comprendre la finalité et le but des interventions militaires. Certains critiquent les enjeux économiques ou les aspirations néo-colonialistes des pays occidentaux. D’autres se montrent dubitatifs devant le recrutement de jeunes hommes ou femmes qui ne comprennent pas toujours les risques de la carrière qu’ils choisissent.

Je crois que c’est précisément une raison de respecter le jour du Souvenir, cette liberté fragile, dont nous jouissons. Nous avons toutes les libertés de critiquer nos élus, contester leurs choix en matière de politique nationale et internationale. Nous pouvons débattre ouvertement, même si cela nous semble parfois sans issue.

Cette liberté critique, nous la devons, entre autres, aux hommes et femmes qui acquiescent à faire le sacrifice ultime, qui s’engagent à une responsabilité illimitée. Qui eux-mêmes mettent de côté leurs préférences idéologiques, politiques et personnelles pour servir, parfois pour des causes qu’ils n’endosseraient pas.

Le jour du Souvenir est une occasion de se rappeler que nous pouvons à la fois honorer ceux qui se donnent entièrement envers leurs concitoyens, tout en vivant de façon critique et démocratique. D’honorer ceux qui, volontairement, mettent en pause leur propre liberté pour garantir la nôtre.

L’auteur, Capt. Nicolas Rivard, est aumônier du 12e Régiment blindé du Canada (milice) à Trois-Rivières.

Point de vue

The «Divided States of America»

La constitution américaine commence par la phrase suivante : «We the People of the United States…». Au lendemain des primaires américaines, il semble évident que cette unité semble s’effriter. Quelles en sont les causes et pourquoi les Américains qui sont généralement si ouverts d’esprit semblent approuver la rhétorique trumpienne?

Cette élection de mi-mandat se voulait un plébiscite sur les politiques de ce président si controversé. Bien que la Chambre des représentants est maintenant acquise par une majorité démocrate et que le Sénat semble acquis aux Républicains, je n’ai pu que constater que la plupart des courses entre les candidats ont été très serrées. Une majorité des sénateurs et des représentants ont été élus avec une faible marge de moins de 5 % dans les intentions de vote des électeurs. C’est faible, et ça montre bien le clivage qui existe entre les deux camps. Selon mon point de vue, ces élections auraient pu basculer facilement d’un côté ou de l’autre. Force de constater que le grand gagnant dans cette élection est quand même le président Trump.

Mais pourquoi? Pourquoi, malgré toutes les menteries et les grossièretés de ce personnage qui semble sortir directement de l’émission de House of Cards, a-t-il pu convaincre tant d’électeurs? Est-ce leur ignorance sur ce qui se passe ailleurs dans le monde ou encore leur cynisme profond envers les politiciens? À mon avis, la source du problème est un enjeu humain.

Comme leur système politique à deux parties, les Américains semblent toujours être divisés en deux sur des questions humanistes comme en fait foi leur histoire. Il y a eu d’abord une guerre civile épouvantable qui confrontait des gens aux opinions très différentes sur des questions d’esclavage. Il y a eu également des oppositions énormes lors de la seconde Grande Guerre à savoir si les États-Unis devaient aider ou non à combattre les nazis. Également, il y a eu les questions raciales dans les années 60 entre blancs et noirs. C’est un pays aux points de vue souvent très polarisés : droite religieuse contre gauche socialiste, pro-life vs pro-choix, pauvres contre riches, blancs contre noirs, républicains contre démocrates.

Lors de cette élection, l’enjeu principal a été celui de l’immigration. On a bien vu que la stratégie principale de Trump durant ces élections était de brosser un portrait peu flatteur des immigrants en les traitant tous sur le même pied que les criminels de grand chemin et les envahisseurs barbares de l’antiquité. Et cela a porté fruit.

L’immigration ou plutôt «la peur de l’autre» est un enjeu qui a fait la différence durant cette élection, mais également ailleurs dans le monde. Au Brésil, le président élu M. Bolsonaro s’est fait élire sur la promesse de contrer le crime et la corruption. En Allemagne, la partie Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrêmes droites qui a remporté une centaine de sièges au Bundestag, a déclaré la guerre aux immigrants, ayant déclaré : «Aujourd’hui, c’est un devoir citoyen que d’aller dans la rue pour faire barrage à cette immigration qui répand la mort à coups de couteau».

Oui, il est vrai que la migration des peuples a augmenté depuis les dernières années. Elle est causée entre autres par des guerres que l’on n’a pas su éviter comme en Syrie ou en Libye. Ou encore par des difficultés économiques énormes de certains pays comme le Venezuela ou le Mexique. Mais qu’a-t-on fait pour empêcher que ça se produise? La politique de non-ingérence et de nationalisme économique a fait en sorte que certaines situations économiques et politiques se sont détériorées.

L’immigration n’est pas un problème, mais bien une conséquence de notre mode de vie. On ne peut blâmer ces milliers de personnes de vouloir essayer ailleurs quand ils voient d’un côté la misère et la désolation qui les entourent et de l’autre le succès économique et le plein emploi. Contrairement à ce que dit Trump, ces migrants ne sont pas tous des criminels ou des violeurs, c’est simplement des gens qui veulent juste vivre une vie meilleure.

Oui, ça dérange quand une personne vient chez vous sans y être invitée, mais avons-nous le choix? Les temps changent et il faut s’adapter et surtout avoir de l’empathie envers les autres sinon d’autres conflits sont inévitables.

Denis Boulanger, Québec

Point de vue

Le Phare, l’effarant

Cette envie de succomber aux mirages des villes à l’américaine n’est pas nouvelle à Québec : dans les années 70, nous avons eu notre trip de tours aux alentours de la colline parlementaire. Mais qui, aujourd’hui, a du plaisir à se balader en plein hiver aux abords du Complexe G et du Hilton? Québec n’est pas Toronto ni Paris et Sainte-Foy n’a rien du quartier de La Bastille où les principes de Nordicité n’entrent pas du tout en jeu.

Il y a quelques années, j’assistais à Québec à un congrès international des Villes nordiques où l’on parlait de tout ce qui fait que ces villes ont une identité et des principes d’aménagement propres. On y discutait certes des côtés négatifs, mais aussi des approches nouvelles devant ces phénomènes d’enneigement, de vent, de manque d’ensoleillement, etc. Toutefois, à Québec, la seule réelle préoccupation que nous avons de l’hiver, c’est de bien ramasser la neige, car en général notre architecture ne considère à peu près pas ces facteurs. Nous nous «pétons les bretelles» de faire partie des villes nordiques, mais en réalité, nous ne passons pas de la parole aux actes comme les pays scandinaves.

Seule semble s’en préoccuper, l’école d’architecture : soufflerie pour simuler l’implantation d’immeubles dont les gros volumes peuvent être problématiques quant à leurs effets sur l’environnement : corridors de vent et perte d’ensoleillement pour les secteurs voisins, mais ça ne dessert pas du tout les vrais projets de la Ville.

Sur le terrain en question, ce projet «pharaonique» a déjà été décrié par à peu près tous les architectes de la région avec comme effet de l’eau sur le dos d’un canard.

Et maintenant, la Ville utilise un règlement bien caché à la page XYZ de la réglementation, mais qu’en est-il des citoyens qui devront vivre à côté et même de tous les Québécois?

En Suisse, un tel projet aurait sûrement fait l’objet d’un référendum, mais à Québec, non.

Le seul élément intéressant de ce projet sera de voir la ville à partir du dernier étage.

Pourtant un projet très dense avec une architecture personnalisée et d’une hauteur humaine conçus avec des critères dignes d’une ville nordique pourrait très bien satisfaire non seulement les promoteurs quant à la rentabilité, mais aussi les résidents du secteur ainsi que les utilisateurs quant à l’intégration au milieu.

Soyons inventifs et créons-nous des ensembles nouveaux dignes de ce nom, projets qui nous démarqueront et non pas qui feront de nous des copies conformes de toutes les villes nord-américaines. Il n’y a rien de nouveau à faire comme tout le monde!!

N’écoutons pas les Clotaire Rapaille de ce monde dire que nous souffrons d’un complexe «masochiste» devant Montréal et Toronto. Soyons nous-mêmes et les touristes viendront, non pas pour voir une tour comme ils peuvent en voir partout ailleurs, mais bien pour notre spécificité, unique en Amérique du Nord.

Mais oui, il est possible d’être respectueux de notre ville tout en étant fiers d’elle

Tout ça pour prouver quoi? Que nous sommes les meilleurs, les plus fins?

Assistons-nous à la rencontre des Phalliques contre les Nordiques?

Alfred Martel, architecte retraité, Québec

Point de vue

La Défense nationale doit renoncer à l’usage la pierre américaine Bluestone

Lettre à la Gouverneure générale du Canada

La Citadelle de Québec est le lieu d’hébergement du Royal 22e Régiment dont vous êtes la commandante en chef et aussi celui de votre deuxième résidence au Canada. Depuis l’an 2000, des travaux de restauration des murs de la Citadelle érigés entre 1820 et 1832 ont été rendus nécessaires et furent réalisés sous la surveillance de Parcs Canada et de la Défense nationale, qui ont toujours été respectueux des devis dressés par les architectes et les ingénieurs concernant les propriétés physiques et esthétiques de la pierre de remplacement et en conformité avec la règle de l’art en restauration patrimoniale qui est d’utiliser la pierre d’origine, le grès de Sillery, amplement disponible dans les carrières de la région de Québec. Cette règle est clairement décrite à la page 213 dans le document fédéral du BEEFP (Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine).

Un nouveau chantier sera ouvert prochainement pour restaurer les murs du Bastion du roi, à peu de distance de votre deuxième résidence, et les devis dressés par des professionnels ont été envoyés aux soumissionnaires. Surprise, voilà que la Défense nationale a choisi un soumissionnaire qui utilisera la pierre américaine Bluestone, qui ne rencontre pas les propriétés physiques des devis et en plus sa couleur bleue pâle est fortement contrastante avec le vert de la pierre d’origine, le grès vert de Sillery.

La Défense nationale doit renoncer à l’usage de cette pierre Bluestone, non conforme aux devis, incompatible pour être mise en contact avec le grès vert de Sillery à cause de son fort coefficient d’absorption d’eau, des cycles gel/dégel de notre environnement, et une couleur qui affecte l’apparence esthétique de ce monument patrimonial faisant partie du Vieux-Québec, site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La Défense nationale doit respecter la règle qui consiste à utiliser la pierre d’origine afin d’assurer la préservation de l’intégrité du patrimoine militaire de la Citadelle de Québec. Il faut agir pour éviter que ces travaux de restauration avec une pierre américaine non conforme se réalisent sur le lieu de votre résidence à Québec.

Robert Ledoux Ph.D., Québec