Point de vue

L’Iran prisonnier des ambitions de sa théocratie

POINT DE VUE / L’Iran, pays de 82 millions d’âmes couvrant une superficie trois fois plus grande que la France, possède 10% des réserves mondiales de pétrole et 15% des réserves mondiales de gaz. C’est le septième plus grand exportateur de pétrole au monde. Pourtant, en raison d’une gouvernance incompétente et corrompue, des sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union européenne et les États-Unis, le développement économique de l’Iran va régressant. Avec les nouvelles sanctions américaines qui veulent réduire à zéro les exportations de pétrole iranien, la pression sur ce pays va augmenter encore plus.

La défiance iranienne

L’objectif déclaré du secrétaire d’État américain Mike Pompeo est d’inciter l’Iran à se comporter comme un pays normal. En effet, depuis l’accord des 5+1 portant sur le nucléaire iranien, l’Iran a continué de déstabiliser le Proche-Orient, de développer des essais balistiques et d’être le pays déclencheur d’activités terroristes en Europe même. L’Iran est toujours prisonnier de l’idéologie de la défiance et du martyre de ses mullahs.

À l’annonce de ces nouvelles sanctions américaines, le dollar américain qui valait 40 000 rials en 2018 vaut aujourd’hui 140 000 rials. Le taux d’inflation officiel est de 30,6%. Les exportations de pétrole iranien ont chuté de 30% par rapport à ce qu’elles étaient en 2015 et les nouvelles sanctions américaines visent leur arrêt total. Selon le Fonds monétaire international, l’inflation pourrait atteindre 40%.

L’Iran a réagi aux sanctions américaines récentes en rappelant qu’il est capable de bloquer le détroit d’Ormuz par lequel transitent 30% des exportations mondiales de pétrole et de gaz et en décidant de ne pas respecter certaines clauses de l’entente des 5+1 sur le nucléaire. Cette dernière mesure a été déplorée par la Russie et l’Union européenne et la Chine semble hésiter à maintenir ses importations de pétrole iranien. Le sabotage - non revendiqué - de quatre pétroliers dans le Golfe Persique pourrait constituer un premier avertissement iranien. Préventivement, les États-Unis ont déployé un porte-avion au Golfe Persique et deux autres en Méditerranée au cas où l’Iran serait tenté de déclencher un conflit généralisé au Levant.

Le Corps des Gardiens de la Révolution Iranien (CGRI) est le bras d’intervention militaire iranien au Moyen-Orient. Il dispose de sa propre armée et d’une puissance économique considérable qui lui permet d’infléchir les élus iraniens. Il a été désigné entité terroriste par le gouvernement américain. Son idéologue Hassan Abbasi a réagi en déclarant que c’est seulement une question de temps avant que la Maison-Blanche ne soit transformée en mosquée ou en mosquée réservée aux seuls chiites.

Le malaise actuel se traduit également par des défections et des révélations portant ombrage au régime. Le brigadier général Ali Nasiri, chef du Bureau de la protection du CGRI qui aurait été en possession de documents stratégiques importants, aurait demandé l’asile politique aux États-Unis. Said Qassemi, dirigeant du groupe Ansar-e Hezbollah formé de leaders du CGRI, a déclaré avoir entraîné des groupes radicaux dont celui d’Al Qaeda sous le couvert du Croissant rouge iranien.

Qui plus est, l’Iran, qui subit une des plus grandes crises de sécheresse depuis plusieurs années, souffre actuellement d’inondations dévastatrices.

Entre sécheresse et inondations

Avant la révolution iranienne de 1979, l’Iran comptait 34 millions d’habitants et ses réserves en eau potable s’élevaient à 135 milliards de mètres cubes. Ces réserves sont aujourd’hui réduites de 40% en raison de la sécheresse et de l’évaporation. Plus de 300 lacs et 60 rivières ont été desséchés et la désertification a ruiné quatre millions d’hectares de terres arables.

La République islamique a construit plus de 600 barrages qui ont beaucoup profité aux compagnies de construction bien connectées au régime et en particulier à celles qui appartiennent au CGRI. Or, ces barrages ont bloqué l’arrivée d’eau à de nombreuses autres régions sans renouveler la réserve aquifère. Aussi les fermiers ont-ils creusé des milliers de puits dont le nombre est passé de 60 000 à 430 000 en 40 ans.

Selon le Croissant rouge iranien, les inondations récentes ont touché 300 villes dans 22 des 31 provinces iraniennes, affectant le quart de la nation iranienne. 141 rivières en crue ont causé près de 500 glissements de terrain et endommagé près de 3000 km de routes, 87 ponts et 160 barrages. 1,2 million de personnes ont dû être déplacées et 18 000 usines ont cessé d’opérer.

Recevoir ou non de l’aide internationale?

L’armée iranienne est intervenue pour sauver des personnes en danger. Pour ne pas demeurer en reste, le CGRI a dépêché des douzaines de chanteurs professionnels religieux ainsi que des pleureuses se battant la poitrine en scandant: «La souffrance nous renforce» ou «Nous ne craignons pas la mort». Considéré par une partie de la population iranienne comme la source de leurs privations, le CGRI a tenté de redorer son image en invitant des milices chiites étrangères qu’il parraine pour venir au secours des régions sinistrées.

En 2003, 60 pays étaient venus au secours de l’Iran après le tremblement de terre de Bam. Face à la catastrophe actuelle, le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que ceux qui savent comment pleurer la mort du martyr Hussein n’ont pas besoin de s’humilier en quémandant leur obole aux adorateurs de la Croix et aux sionistes. Cela n’a pas empêché l’éloquent ministre des Affaires étrangères Muhammad Javad Zarif de blâmer les États-Unis pour le manque d’assistance ou même de compassion et d’ajouter que ce sont les sanctions américaines qui empêchent de venir en aide à l’Iran. Ceci est absolument faux, les sanctions ne portant guère sur les produits de première nécessité ou les produits médicaux.

Un bouc émissaire tout trouvé

Et bien sûr, il faut désigner des coupables: en 2018, le directeur de l’organisation de la Défense passive Jalali a déclaré qu’Israël a volé des nuages et de la neige à l’Iran. Cette année, l’agence de presse iranienne Tasnim affiliée au CGRI a publié un article attribuant les pluies diluviennes à la manipulation du climat par les ennemis de l’Iran – allusion aux États-Unis et à Israël.

Mal pris dans l’étau des sanctions, des inondations et de sa rhétorique antiaméricaine, le président Rouhani s’est dit enfin prêt à négocier avec les États-Unis si ces derniers présentaient des excuses. Quant au Guide suprême Khamanei, il n’a pas été accessible durant plusieurs jours après le déclenchement des inondations, ne voulant pas être dérangé, car il était trop pris par le congrès de poésie à Qishm.

La nation iranienne est encore prise en otage de l’idéologie victimaire et de l’incompétence des mullahs autocrates. Si ces derniers refusent de changer de cap et choisissent la voie du martyr, l’Iran risque l’implosion.

Point de vue

Le personnel professionnel des musées mérite mieux

POINT DE VUE / La Journée internationale des musées, samedi 18 mai, est l’occasion de souligner l’importante mission de diffusion culturelle de ces institutions. Malheureusement, la contribution de leur personnel professionnel, composé en majorité de femmes, n’est pas reconnue à sa juste valeur, estime le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

Une analyse effectuée par le SPGQ montre des écarts salariaux importants et désavantageux, pour un même travail, entre le personnel professionnel des musées et celui d’autres organisations majoritairement masculines. Tous ont pourtant le même employeur : le Secrétariat du Conseil du trésor.

À titre d’exemple, les professionnels gagnaient 93 200 $ par an chez Hydro-Québec et 87 700 $ chez Investissement Québec en 2017, au maximum de l’échelle salariale. Ceux-ci sont des hommes en majorité. Au Musée d’art contemporain du Québec, au Musée national des beaux-arts du Québec et au Musée de la civilisation, les salaires variaient plutôt entre 75 200 $ et 81 400 $. Ces différences entre les organisations à prédominance masculine et féminine sont inacceptables.

Comme les postes comparés sont similaires, il est probable que les écarts constatés reposent en grande partie sur d’autres facteurs que les exigences de l’emploi. Cette situation démontre les limites de la Loi québécoise sur l’équité salariale. Une révision en profondeur est nécessaire pour corriger ce qui a toutes les apparences d’iniquités systémiques. Parmi les solutions à envisager, il y aurait la création de comités permanents sur l’équité salariale, par exemple. Le SPGQ est prêt à travailler de concert avec le gouvernement pour améliorer la loi et corriger les iniquités.

Le personnel professionnel des musées contribue à offrir à la population québécoise un accès à l’art et à différentes cultures ainsi qu’une ouverture sur le monde. Son travail mérite d’être reconnu et rémunéré à sa juste valeur.

Point de vue

Non au sacrifice des terres agricoles

POINT DE VUE / En réaction à la chronique «Le "gaspillage" des terres agricoles» de François Bourque parue le 11 mai

Monsieur Bourque,

Dans ce vaste dossier longtemps négligé de la sécurité alimentaire, votre chronique au sujet du laxisme des uns et des autres sur la question des inondations établissait un parallèle intéressant avec l’indifférence relative à l’étiolement des terres agricoles. Bien qu’étant à des années-lumière de l’électrochoc anxiogène mais salutaire auquel vous référiez, votre argumentaire de samedi dernier au sujet du «gaspillage» de ces terres a induit d’âpres vibrations chez de nombreux partisans de l’agriculture locale.

Vos propos, au sujet des superficies dites à l’abandon, ramènent au goût du jour un vieux prétexte maintes fois utilisé, pour détourner l’attention et clore tout débat, à l’avantage des tenants d’une notion discutable de progrès, voire de développement. D’entrée de jeu, bien que vous agitiez avec vigueur le drapeau du gaspillage, j’aimerais attirer votre attention sur la forte croissance de la convoitise et de la valeur marchande des terres agricoles de notre région.

Les données que vous mentionnez dans votre chronique masquent certaines réalités telles que l’importance de la proportion des terres incultes et de la propriété de terres par des non-agriculteurs ainsi que la portée sous-évaluée des activités agroforestières. Que ce soit sous l’angle de l’environnement ou du point de vue de l’occupation du territoire, vos propos laissent croire que vous êtes d’accord avec l’orientation du Schéma d’aménagement de l’agglomération (SAD). Pourtant, ils s’appuient sur une rhétorique qui aurait pu conduire à une conclusion à l’opposé de la vôtre. En tenant simplement compte de la disponibilité des espaces à construire dans la trame urbaine actuelle, le sacrifice de terres, dont la localisation stratégique et la valeur agronomique sont sans égales dans notre agglomération, relève d’une vision à courte vue, digne du vieux réflexe idéologique de nos «développeurs traditionnels».

Au lieu de favoriser adéquatement la production d’aliments sains en son sein, la Ville de Québec se confine foncièrement dans un rôle de ville marchande. Faut-il le rappeler, l’Agglomération de Québec n’a jamais réalisée de Plan de développement de la zone agricole (PDZA). En majeure partie responsable de l’orientation du SAD, l’Accent d’Amérique s’est évertué ces dernières années à ostraciser la zone agricole. En guise de compensation, l’Agglomération a produit, en 2014, un document dont la vision centrale gravite essentiellement autour de la justification d’un nouveau marché public.

Monsieur Bourque, il est tout à votre honneur d’élever le regard de tous sur la réalité de l’agriculture de notre milieu. D’ailleurs, puisque le sujet semble de plus en plus vous intéresser, je vous invite à consulter, si ce n’est déjà fait, plusieurs des judicieux mémoires déposés dans le cadre des consultations publiques sur le SAD.

Enfin, dans une perspective d’ouverture nourricière en faveur de la tenue d’un véritable débat de société, je vous suggère, ainsi qu’à vos nombreux lecteurs, de prendre connaissance du best-seller allemand de Wilfried Bommert et Marianne Landzettel. Dans sa version française de 2019, il adopte le titre évocateur de La fin de l’alimentation. En somme, ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier et prenons sérieusement en main la destinée de notre production alimentaire; les acquis et les habitudes d’hier n’ont peut-être plus guère de futur.

Point de vue

Osons le pragmatisme dans le financement des infrastructures

POINT DE VUE / S’il y a une chose qui ne change pas, en politique, c’est la lourdeur qui entrave les discussions entre Québec et Ottawa sur le financement des infrastructures. Peu importe les gouvernements au pouvoir, on assiste toujours au lancement de programmes de soutien aux infrastructures de plusieurs milliards de dollars, puis on négocie avec les provinces sur les projets qui bénéficieront de ce financement.

Des ententes sont rapidement conclues avec la plupart des provinces, alors que les négociations avec le Québec sont trop souvent caractérisées par une complexité qui ne semble pas prévaloir dans les autres provinces. Comme si tout devait être difficile et analysé sous l’angle des enjeux constitutionnels et juridiques.

Une évidence s’impose pourtant: des infrastructures suffisantes et de qualité sont essentielles. Selon une étude du Fonds monétaire international, une hausse des dépenses d’investissement en infrastructures équivalente à 1 % du PIB augmentera le niveau de production de 1,5 % après quatre ans. Le gouvernement fédéral doit s’entendre avec le gouvernement du Québec, tout simplement parce que ce dernier a le souci légitime d’harmoniser les projets financés en partie par Ottawa avec ses propres investissements en matière de transport et autres infrastructures.

Le gouvernement fédéral ne peut tout simplement pas agir seul. De même, le gouvernement québécois doit prendre entente avec les municipalités, notamment en matière de transport en commun, parce que les organisations municipales seront chargées de la gestion et de l’opération des infrastructures mises en place. La coopération est une nécessité absolue pour maintenir la croissance économique du Québec et, ainsi, du Canada.

Le Québec a souvent accusé d’importants retards dans l’utilisation des fonds fédéraux dédiés aux infrastructures, en particulier ceux affectés aux travaux dans les municipalités. Le scénario se répète régulièrement: alors que dans plusieurs grandes villes du Canada, d’importants travaux de transport sont déjà en chantier, le Québec est toujours à la table des négociations. Il y a, aux yeux d’un gouvernement ou de l’autre, une clause qui dérange, une interprétation divergente des modalités du programme, un retard dans la transmission des demandes, une information qui manque à l’égard d’un projet, bref, un os quelque part. Pendant la récente crise des inondations, nous avons appris l’existence d’un programme d’infrastructures Investir dans le Canada dédié au renforcement de la capacité structurelle d’adaptation aux effets des changements climatiques. Plusieurs provinces s’en seraient prévalues, mais pas le Québec… qui en a pourtant grand besoin, comme on vient de le constater.

Après des années de relations de cette sorte, on devrait tirer des leçons de ces va-et-vient qui retardent les projets. La réalisation du réseau structurant de transport en commun à Québec ne devrait pas, par exemple, faire les frais d’une divergence sur l’interprétation des critères entourant un programme de financement. Le prolongement de l’autoroute 19 étant attendu depuis des décennies sur la Rive-Nord de Montréal; procéder cette semaine à la énième annonce, cette fois sans la présence du gouvernement du Québec, n’était pas propice à entretenir des liens étroits entre les deux acteurs décisionnels.

La FCCQ ne cherche pas un coupable des tensions entre les deux ordres de gouvernement. Comme de nombreux Québécois, elle s’en désole cependant. Elle lance donc, aux deux gouvernements, un appel au pragmatisme et à l’apaisement.

Il faut que la préoccupation économique prime sur les considérations plus juridiques. Il faut aussi que les pourparlers fédéraux-provinciaux soient davantage transparents. Si nos concitoyens savaient exactement sur quel détail un projet d’entente bloque, une solution serait plus rapidement trouvée. Il faut sortir de la dynamique d’affrontement sur les clauses de programmes.

Osons le pragmatisme pour hâter la réalisation des projets dont le Québec a un urgent besoin.