Voter pour l’économie et le climat: c’est possible 

POINT DE VUE / On entend souvent que la lutte climatique repose surtout sur les individus : « Non merci, pas de paille en plastique », « Je mange végé deux jours par semaine », « Ma prochaine voiture sera électrique ». Il faut prendre conscience des efforts que font les gens. On en voit constamment. Des personnes, des commerces, de plus en plus, travaillent en ce sens. C’est très important. 

Or, la tendance à mettre le poids sur les individus nous aveugle souvent sur l’importance de bien comprendre la question politique. 

Mon point est le suivant : la politique climatique est à un point culminant, comme elle ne l’a jamais été auparavant. L’élection du 21 octobre est la plus importante pour le climat que le Canada n’a jamais eu. De loin. 

Pourquoi? Parce que nos émissions doivent être réduites de 45% d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005. C’est donc 41% de réductions à partir d’aujourd’hui. Ce qui nous donne essentiellement 10 ans pour atteindre cet objectif, qui nous donnerait une chance de ne pas altérer profondément les conditions de vie sur Terre. 

Il y a deux choses à comprendre dans ce scénario : 

  1. On ne peut pas perdre quatre ans avant d’accélérer la cadence
  2. On peut en sortir les grands gagnants si on prend ce tournant maintenant. 

Pour ce qui est du premier point, on ne va pas se raconter de mensonges. Les calculs ont été faits : les émissions de GES du Canada vont augmenter si le Parti conservateur est élu. Pas diminuer trop lentement. Augmenter! Leur plan est aussi efficace qu’un manteau de fourrure dans une canicule. Ça ne va pas nous rafraichir. Donc, avec les conservateurs au pouvoir, on peut le déclarer : la bataille est perdue. Expliquer ça à vos enfants après. 

Les plans du NPD, des Verts et des Libéraux sont dans l’essentiel assez similaires. Leurs rhétoriques sont différentes, mais les trois plans se ressemblent dans leurs politiques et ce qu’elles peuvent accomplir. Honnêtement, si on met de côté l’idiotie de l’achat du pipeline Trans Mountain, Justin Trudeau et sa troupe on fait un bon travail pour mettre le Canada sur la bonne voit après une décennie de politiques de Stephen « cowboy non-fringant » Harper. Ce sont plein de bonnes politiques, assez techniques (comme les nouveaux standards sur les carburants, le méthane et les HFCs), qui ont été mises en place, mais dont personne n’en parle. À l’exception d’une bien sûr, la taxe carbone.

La seule politique qui fait jaser est victime d’une pluie de désinformation digne de Fox News. C’est incroyable qu’Andrew Scheer fasse campagne sur l’idée que la taxe fédérale fait monter le cout de la vie, alors que 80% des gens reçoivent plus ou autant en dividendes qu’ils ne payent avec la montée des prix. Voyons M. Scheer! On n’est pas aux États-Unis pour faire campagne sur des mensonges pareils. C’est déjà assez dur de bâtir des bonnes politiques. Puis, soulignons-le : mentir sur le climat pour gagner des votes, c’est vraiment bas. Enfin, quoi qu’il en dise, je le répète : c’est impossible d’atteindre nos cibles de réductions de GES sans un prix sur le carbone. Impossible.

En passant, les deux meilleures économies au Canada dans les dernières années sont celles de la Colombie-Britannique et du Québec, les deux provinces qui ont un prix sur le carbone depuis plus longtemps. 

Ce qui m’amène au deuxième point : sortir gagnants en agissant pour le climat. Le problème du programme conservateur en ce moment ce n’est pas juste qu’on va perdre la lutte contre les changements climatiques. C’est que notre économie va en prendre un coup! 

Si le prix du pétrole reste bas, le Canada continuera à en subir les conséquences, car notre pétrole est un des plus coûteux au monde à extraire. Est-ce qu’on veut bâtir une économie sur la base de la « prière à la montée des prix du brut »? De toute manière, l’automatisation a déjà couté beaucoup d’emplois dans le secteur pétrolier parce que les technologies s’améliorent et il y a moins de main d’œuvre nécessaire : 39 000 emplois de perdus en Alberta entre 2014 et 2016 alors que la production a augmenté. Et les grandes compagnies pétrolières n’ont plus d’incitatifs à investir dans le pétrole canadien. 

De l’autre côté, les énergies propres vont créer minimalement 160 000 emplois dans la prochaine décennie. Les investissements (incluant ceux de plusieurs compagnies pétrolières) se dirigent vers les technologies et énergies propres. À Saint-Jérôme, on fabrique déjà des excellents camions et autobus électriques. Bombardier pourrait se décider à fabriquer des trains performants pour le Canada, et on pourrait se donner d’un meilleur système ferroviaire entre Québec et Toronto, et au-delà. On exporte déjà des panneaux solaires fabriqués à Longueuil… au Texas! Sans compter que le Québec commence à avoir des grands plans pour exporter notre hydro-électricité et que les rénovations vertes seront aussi la cible de nos investissements. Les bons emplois seront nombreux de l’autre côté du virage!

En d’autres mots, le modèle du Parti conservateur se ferme les yeux aux grands changements qui se mettent en place dans les marchés. Les marchés n’attendent que de voir si le Canada est optimal pour eux ou pas. Agir pour le climat c’est donc aussi agir pour une économie prospère et propre, à court et à long terme. Si on manque ce bateau, on se rappellera du 21 octobre 2019, en regardant ceux qui ont pris le virage vert au bon moment rire de nous. 

Le 21 octobre c’est maintenant. On doit voter avec notre tête. On doit pouvoir regarder nos enfants et nos petits enfants dans les yeux et leur dire : «Quand c’était le temps, j’ai fait le bon choix».