La situation d'une personnne démente qui n'est nullement consciente de ce qui lui arrive, et qui n'a jamais manifesté son accord pour une décision qu'un autre prendrait à sa place (l'aide à mourir), laisse l'auteure de cette lettre assez perplexe.

Vivre sa vie, jusqu'au bout

En réaction au texte «La démence n'enlève pas la dignité» publié le 26 mars 
C'est avec un très grand intérêt que j'ai lu la lettre de M. Félix Pageau, médecin en gériatrie, traitant d'une future loi sur la démence dont souffrent un très grand nombre de personnes âgées. 
Je suis pour l'euthanasie des grands malades qui désirent en finir avec la vie puisqu'elle ne leur apporte que douleurs et souffrances et qui ont toute leur tête pour prendre une telle décision. En ce qui me concerne, si j'étais dans une telle situation, je demanderais volontiers l'aide à mourir.
Mais la situation de la personnne démente qui n'est nullement consciente de ce qui lui arrive, et qui n'a jamais manifesté son accord pour une décision qu'un autre prendrait à sa place, me laisse assez perplexe.
Ma mère est décédée à 101 ans et elle souffrait de démence depuis quelques années. Ma mère était une femme forte, une vraie battante devant les énormes problèmes et épreuves que vivaient les femmes de son temps: pauvreté, famille nombreuse, analphabétisme et le curé qui régissait leur vie de misère, etc... Comme j'étais la dernière de la famille et célibataire, c'est donc à moi qu'est revenu le devoir de veiller sur elle. 
Même si une loi sur l'euthanasie de personnes démentes avait été votée il y a 11 ans, jamais je n'aurais demandé l'aide à mourir pour ma mère. Même si elle ne me reconnaissait plus depuis un bon bout de temps, je l'aurais laissée aller jusqu'au bout de sa vie malgré tous les inconvénients que sa longue vie m'a causés. Je l'ai souvent entendu dire qu'elle désirait vivre très longtemps, au moins jusqu'à 100 ans. J'ai fait du mieux que j'ai pu pour l'accompagner dans la poursuite de son rêve.
Il y a une énorme différence entre être lucide et prendre une décision personnelle, et décider pour une personne aux facultés affaiblies, n'ayant plus de contact avec la réalité. Je suis tout à fait d'accord avec le gériatre Pageau, ça demande une sérieuse et longue réflexion.
Annette Beaulieu, Québec