L'auteur de cette lettre d'opinion invite les décideurs à tous les niveaux à prendre en 2019 des décisions qui soient bien appuyées par la science.

Vivement des politiques appuyées par la science

L’année 2018 aura soulevé des passions en lien avec les politiques publiques. Un sujet passionnant est aussi un sujet où les perceptions et les croyances risquent d’être mises en tension avec la science.

Pensons entre autres aux changements climatiques, à la légalisation du cannabis et au transport automobile. Il suffit de lire les commentaires en lien avec la couverture médiatique concernant ces sujets pour réaliser qu’un clivage est souvent bien présent, soit qu’on est pour ou qu’on est contre. Cela est tout à fait attendu considérant qu’une passion implique aussi un état affectif intense qui nous rend moins enclins à faire des concessions.

Néanmoins, il faut se rappeler que la science a été un outil déterminant pour le progrès humain depuis plus d’un siècle, entre autres dans le domaine de la santé. Rappelons-nous les pas de géants réalisés à la suite de mesures d’hygiène et de salubrité comme la désinfection ou la pasteurisation du lait, sans oublier que l’immunisation contre de nombreuses maladies infectieuses a permis de réduire la mortalité chez les enfants. Souvenons-nous que la science a mis en lumière les effets néfastes du tabagisme et de l’alcool, tout en identifiant les meilleures actions à mettre en œuvre afin d’améliorer l’espérance et la qualité de vie pour chacun de nous.

Malgré son utilité indéniable, la science n’a pas été bien utilisée dans certaines politiques publiques en 2018, que ce soit en lien avec les changements climatiques ou la légalisation du cannabis. En effet, si une décision est basée sur la science, il apparaît difficile de l’appuyer uniquement sur quelques études, et non sur l’ensemble des études (ex. considérer seulement la science climatosceptique, malgré l’abondance des évidences en faveur du réchauffement climatique). Similairement, si une décision est justifiée au nom de la science, il semble également difficile de donner l’importance à une fraction d’experts, tout en négligeant les recommandations de la majorité des autres scientifiques crédibles (ex. écouter certains médecins, mais pas les autres scientifiques dans le contexte de la légalisation du cannabis). Ces situations font en sorte qu’il apparaît inexact et trompeur d’affirmer, ou de suggérer fortement que les politiques publiques mises de l’avant sont basées sur la science.

Il est clair que la politique a ses enjeux et que l’utilisation de la science à bon escient par les décideurs se heurte fréquemment à d’autres priorités. Toutefois, à l’heure des résolutions du Nouvel An, nous invitons les décideurs à tous les niveaux à adopter celle-ci de façon durable : prendre des décisions qui soient bien appuyées par la science en 2019. Tout le monde sortira gagnant de l’adoption d’une telle approche.

Huy Hao Dao, médecin en santé publique et médecine préventive pour les Jeunes Médecins pour la santé publique (JMPSP), Montréal