«L'infirmier de la rue» Gilles Kègle avec Stéphane, un homme souffrant de solitude.

Visons plus haut qu'un ministère de la Solitude

Je lisais récemment des articles, l’un paru dans Le Soleil concernant un homme dans la jeune cinquantaine, souffrant physiquement d’une maladie sévère, mais aussi d’isolement. Gilles Kègle, ce grand bénévole, infirmier de la rue, est venu à son secours. Puis, un second article paru dans un autre quotidien de Québec, lequel mettait en exergue la bienveillance de la direction de l’établissement hospitalier Jeffery Hale qui a offert à un couple d’aînés, maintenant séparés après 66 ans, en raison de problèmes de santé, une nuitée d’amoureux dans son Unité de vie familiale, alors réservée pour les familles de personnes en fin de vie.

Nous savons que le nombre de personnes propulsées par le vieillissement de la population est en hausse au Québec et, par ricochet, la solitude souvent influencée par des facteurs personnels comme l’état de santé, le revenu, la présence ou pas de la famille, mais aussi de facteurs externes comme l’aménagement urbain, le logement, l’accès aux transports, etc.

Toutefois, je doute fort que la création d’un «ministère de la Solitude», aussi solidaire soit-il, puisse contrer l’isolement social, un enjeu qui ne concerne pas que nos aînés. Celui des jeunes, bien que masqué, est aussi réel, que ce soit en raison de difficultés familiales ou scolaires au cours de l’enfance, la précarité financière, etc. La solitude et le sentiment de n’être pas désiré ne sont-ils pas les plus grandes pauvretés? Et là, il n’est plus question de poésie ni de rêverie, et encore moins d’opération marketing personnelle ou politique devant l’Assemblée nationale.

Le défi est majeur. Il nous presse de trouver les bonnes solutions et de mettre en place des actions concrètes et permanentes.

Certes, il existe déjà des alliances entre les solidarités publiques et la société civile qui doivent se poursuivre : S.O.S Amitié, Croix-Rouge Écoute, Au bout du fil, La Fondation des petits frères des pauvres, Centraide, des campagnes de financement, etc.

Aussi, plusieurs instances gouvernementales et paragouvernementales, des Associations professionnelles et la population elle-même sont interpellées. Convenons qu’à la base, les services déjà dispensés sont de qualité, quand on considère le contexte dans lequel ils sont donnés. Que cela nous serve de point de départ à notre engagement à continuer d’améliorer les choses : pourquoi ne pas élargir l’actuelle mission du Protecteur du citoyen, qui consiste pour le moment à assurer le respect de nos droits dans nos relations avec les services publics? Il pourrait alors s’investir à dénombrer toutes les personnes dans le besoin, aussi divers soient-ils, et continuer d’investir dans différentes mesures visant à améliorer leur sort.

Enfin, pour toutes ces personnes qui souffrent, visons plus haut qu’un ministère de la Solitude, pour le présent et pour l’avenir. Il en va de notre responsabilité collective.

Nicole Lévesque, Québec

LIRE AUSSI : MARC ALLARD / Solitude : l’épidémie invisible