Visage à nu et sérénité neuronale

CARREFOUR DES LECTEURS / En 2008, le rapport Bouchard­-Taylor a cerné la notion d’accommodement raisonnable en matière de signes religieux. Le gouvernement péquiste de Pauline Marois a tenté de légiférer sur la laïcité durant leur court mandat. Ce n’est qu’en octobre dernier que le gouvernement Couillard adopta une loi sur la neutralité religieuse. Dans cette loi, le visage couvert est interpellé.

La loi 62, récemment adoptée, donne lieu à de la controverse. Son interprétation varie chez la ministre Vallée d’une semaine à l’autre, et varie entre les ministres libéraux en poste. Peut-on avoir le visage couvert dans les transports publics ? Dans les hôpitaux ? Pas clair ! Les femmes musulmanes au visage voilé sont subtilement ciblées par la loi 62. Des associations contestent cette loi en leur nom devant la justice.

Le visage humain compte un grand nombre de muscles qui s’activent quand on parle, et même quand on reste silencieux. Ces muscles en action expriment notre langage non verbal, une partie importante qui complète le message auditif de notre voix et même nos silences. Ils transmettent notre empathie. Le jeune bébé utilise les neurones miroirs de son cerveau pour imiter le mouvement des lèvres de sa mère, pour sourire, et finalement balbutier, puis parler. Ces expériences de lecture faciale restent inscrites dans nos neurones pour la vie.

Conséquences :

• Le visage voilé de notre interlocuteur bloque une partie de la communication interpersonnelle.

• Stressé par cet échange diminué, notre cerveau utilise les circuits neuronaux des réflexes rapides­ de la peur.

• Le circuit thalamus-cortex cérébral étant plus lent, il est moins utilisé.

• L’émotion domine donc la réflexion­ approfondie.

• Le « vivre ensemble » et l’intégration est plus difficile. Il peut même déraper et faire monter le racisme.

Sur la base de la nature neuronale du cerveau humain établie depuis des millions d’années, je conclus ici que se voiler le visage ne peut être sujet à accommodement religieux. D’ailleurs, la religion repose sur des croyances morales profondes, et non sur un seul voile couvrant le visage en public. 

Ceci ne veut pas dire qu’il faille régir le port du voile par des lois et règlements et ainsi faire croître l’anxiété chez les femmes à visage voilé. Il serait plus sage d’éduquer le public et les nouvelles ar­rivantes, sur le rôle empathique que joue le visage à nu dans la communication. Des technologies modernes, des robots et téléphones intelligents sont développés pour reconnaître les visages à nu et exprimer des émotions sur un visage virtuel.

Ne peut-on pas, nous, comme société, s’ajuster à notre nature neuronale profondément humaine et universelle à tous les citoyens ? Une plus grande sérénité en résulterait­ dans notre « vivre ensemble ».


Luce S. Bérard

Granby