Une maquette numérique de l’intégration du projet du projet immobilier du 8, rue McWilliam, dans son environnement de l’arrondissement historique du Vieux-Québec.

Vieux-Québec: faire de la place à de nouvelles familles? Pas si facile!

POINT DE VUE / Le projet immobilier du 8, rue McWilliam, dans l’arrondissement historique du Vieux-Québec, en est un de compromis. Non seulement il respecte la trame urbaine du secteur, mais il vise à accueillir cent nouveaux résidents dans un quartier qui peine depuis trop longtemps à en attirer.

Depuis plusieurs mois, un groupe de citoyens, qui habitent majoritairement en face de l’îlot McWilliam et qui affirment d’emblée que le projet leur causera des inconvénients quelle qu’en soit la hauteur, multiplie les pressions pour bloquer un projet qui est pourtant né d’un processus de consultation et de réflexion.

En effet, au terme de trois ans de travail à la conception avec la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec et le ministère de la Culture, les multiples exigences et recommandations formulées ont été mises en place et le projet a été salué par l’ensemble de tous ces intervenants. Avant même de déposer la première mouture, une étude a été réalisée afin de déterminer les impacts qu’aurait un immeuble haut de six étages sur la luminosité et les percées visuelles des bâtiments avoisinants.

Autrement dit, la première version du projet résultait, dès le départ, d’une réflexion menée dans l’intérêt des résidents du quartier.

Mentionnons au surplus que ces études prouvent que l’ajout d’un cinquième étage n’aura presque aucun impact sur l’ensoleillement et les percées visuelles des bâtiments limitrophes, car ce cinquième étage est aménagé dans les combles du bâtiment.

Devant les inquiétudes soulevées par certains citoyens, les plans ont été refaits afin de trouver une solution pour tenir compte de leurs préoccupations, et ne pas compromettre la viabilité du projet. Le résultat a mené à réduire le nombre d’étages à cinq, pour obtenir une hauteur du bâtiment de 18 mètres calculée au faîte du toit (le point le plus élevé). Cet ajustement a été fait en poursuivant l’objectif que le projet soit accepté par les résidents du Vieux-Québec. Au total, le projet a été revisité plus de six fois pour satisfaire les attentes de toutes les parties.

L’intégration de ce projet dans la communauté du Vieux-Québec et son architecture unique était au cœur des préoccupations lors de sa conception. Pour y arriver, l’immeuble sera construit avec des matériaux de la plus haute qualité, respectueux du patrimoine architectural du Vieux-Québec, et aura pour effet, nous le pensons, de mettre en valeur les bâtiments avoisinants.

Contrairement à ce que certains résidents du quartier ont écrit, le projet, dans sa forme actuelle, s’insère dans son environnement immédiat. L’architecture a été spécifiquement pensée pour faire en sorte qu’au niveau du sol, le bâtiment donne l’impression d’avoir une hauteur de quatre étages (treize mètres). En effet, grâce au toit en pente, le cinquième étage est invisible aux yeux du marcheur et ne porte pas atteinte à l’intégrité du paysage ni à la luminosité pour les voisins.

C’est donc dire que l’impact réel de ce projet est le même que celui d’un immeuble de treize mètres à toit plat, que nous permet le zonage actuel. Il faut également spécifier que sept des quinze édifices environnants, dont plusieurs abritent les logements des résidents contestataires ont une hauteur qui excède celle établie par le règlement dont ces mêmes résidents contestataires requièrent l’application intégrale.

La question se pose : comment peut-on attirer de nouveaux résidents dans le quartier historique lorsqu’on refuse tout compromis à l’établissement d’un projet viable liant le volet économique et esthétique?

À ce titre, l’homme qui a lui-même posé la candidature de Québec pour son classement à l’UNESCO, Serge Viau, a écrit dans Le Soleil pour appuyer publiquement le projet tel qu’il a été présenté, y voyant un compromis tout à fait acceptable. Comme le souligne celui qui a été gestionnaire à la Ville de Québec pendant plusieurs années, et qui a notamment piloté plusieurs dossiers en matière d’urbanisme, il est important de chercher l’équilibre entre l’architecture et la viabilité, afin d’obtenir des projets bien intégrés à leur milieu.

Le projet présenté à la Ville se situe sur ce point d’équilibre.

C’est pourquoi il est trompeur de soutenir qu’un changement de zonage créerait un précédent pour d’autres promoteurs intéressés à construire plus haut dans le Vieux-Québec. La dérogation au règlement de zonage demandée vise à s’appliquer uniquement au plan de construction qui a été soumis à la Ville, et à lui seul. C’est donc dire qu’on ne pourrait construire un immeuble haut de cinq étages dans une autre forme que celle qui a déjà été approuvée.

Comme le soulignait à juste titre M. Viau, la proposition par la Ville de Québec de soumettre un plan de construction est la solution idéale puisqu’elle constitue une garantie que la dérogation au zonage ne s’applique qu’au projet qui a été soumis.

Le changement fait peur. Malheureusement, les craintes non fondées entretenues par certains résidents qui voient ce projet résidentiel d’un mauvais œil, peu importe sa hauteur, risquent de compromettre la construction d’un immeuble de qualité et harmonieux pour laisser place à un projet qui, conforme à la règlementation, portera les traces des contraintes de rentabilité et n’aura pas pour effet de renchérir la valeur de ce quartier historique.

L’âme d’un quartier provient de ceux qui y résident; autrement, il n’est guère plus qu’un parc d’attractions touristiques. Lorsqu’on analyse ce qui est le plus susceptible de protéger le patrimoine historique du Vieux-Québec, une analyse objective des faits devrait mener à penser que l’arrivée de cent nouveaux résidents logeant dans un immeuble de haute qualité dont les impacts visuels sont, outre son existence même, quasi inexistants, devrait supplanter la peur que certains résidents entretiennent qu’un précédent ne soit créé et ne fasse place à un projet hypothétiquement non souhaitable.

Il faut être raisonnable, le patrimoine historique, ça se partage.