L'Assemblée nationale du Québec
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Vers un «Québec bashing» à la sauce virale

André Verville
André Verville
Lévis
POINT DE VUE / Décidément, le Québec continue de se distinguer du reste du Canada, même dans le contexte d’une pandémie. Comme l’indique le résultat d’un récent sondage, la province du Canada qui a le plus souffert est aussi paradoxalement celle où on semble le plus enclin à l’affronter. On constate que les stratégies abordées par quelques-unes des provinces canadiennes sont maintenant aux antipodes.

Au Québec, le trou béant dans les mesures sanitaires en vigueur dans nos CHSLD nous a exposés au coronavirus et à ses ravages plus que partout au Canada. La décision des autorités publiques a donc été de combattre le virus et son fameux R0 au corps-à-corps, en réduisant les probabilités de transmission communautaire sous la barre du chiffre 1 qui en est le point de bascule. On sait que sous cette barre, la prévalence de la maladie se réduit au fil du temps, faute de gens à contaminer. Les statistiques récentes où le Québec est maintenant sous la barre des 100 nouveaux cas par jour semblent d’ailleurs pointer dans cette direction. 

Loin de vaincre la maladie, elle permet de maintenir un minimum d’activité économique et sociale en multipliant les gestes-barrière et les mesures de protection, tout en évitant de culpabiliser, ostraciser ou même judiciariser les gens qui ont contracté la maladie, en attendant l’arrivée d’un vaccin salvateur. On pourra alors tenir le virus en respect sans qu’il soit plus nécessaire de se cacher, se distancier et limiter nos déplacements et activités publiques.

Ailleurs au Canada, la situation varie d’une province à l’autre, mais celle qui me surprend et me désole au plus haut point, c’est celle des provinces maritimes. La stratégie abordée est carrément celle de l’évitement. Les gestes-barrière et autres mesures sanitaires servent à bien peu de choses puisqu’on contrôle le virus à sa source, celle des échanges avec les autres provinces. 

Ce faisant, on crée un sentiment de relative protection, mais celle-ci a des effets pervers. Puisqu’on le fuit comme la peste, on le connaît peu et on ne sait pas si on a ce qu’il faut pour affronter l’ennemi et le vaincre. Pire encore, on y développe une peur du virus et aussi de l’étranger qui peut nous l’apporter, ce qui va assurément laisser des traces profondes et durables dans la psychée collective de ces communautés, nouveau genre de «Québec bashing» envers tous ces Québécois contaminés.

L’avenir nous dira si le Québec sera plus «résistant» au virus une fois la crise derrière nous, mais pour moi, la paranoïa et la xénophobie qui s’est emparée de certaines régions du pays risque d’être très mauvaise conseillère dans l’après-pandémie, parce que même avec un vaccin, le risque d’attraper la maladie ne pourra jamais être réduit à zéro. Que feront-ils alors?