L'auteure de cette lettre d'opinion déplore les «malheureux» effets en Belgique où les parents choisissent l’école de leur enfant à la maternelle, au primaire et au secondaire.

«Vendre» son école comme un produit

POINT DE VUE / Monsieur le Ministre, je m’appelle Christine, je suis enseignante et Québécoise. J’ai enseigné 25 ans au Québec, mais je vis et j’enseigne maintenant en Belgique depuis 6 ans. Je suis toujours au fait de l’actualité du Québec, et en lisant un article du journal Le Soleil daté du 3 novembre 2019 , j’ai été choquée d’apprendre que dans votre nouvelle réforme introduite par le projet de loi no 40, vous vouliez donner la possibilité aux parents de choisir l’école de leur enfant. D’où je suis, j’en constate les malheureux effets chaque jour.

Laissez-moi vous raconter ce qui se passe ici en Belgique : les parents choisissent l’école de leur enfant à la maternelle, au primaire et au secondaire. Par exemple, ils peuvent choisir une école catholique ou communale, ils peuvent aussi choisir d’envoyer leur enfant dans la ville voisine ou dans un tout autre quartier que celui où ils vivent.

Je peux vous affirmer que c’est une catastrophe! Pourquoi? Parce que des écoles se vident et d’autres deviennent trop pleines. Les écoles se ghettoïsent au détriment de la mixité, puisque les parents d’une population «x» souhaitent choisir une école où il y a plus de population «x», que ce soit en raison de la communauté ou de la classe économique.

Les enseignants doivent maintenant «vendre» leur école comme un produit pour attirer les parents. Quelle école fera le plus beau site Internet, quelle école offrira les plus belles sorties, quelle école fera les activités les plus intéressantes, quelle école aura les meilleurs professeurs!!! On doit piler sur nos principes et faire des courbettes pour séduire afin de remplir les écoles vides et piger dans la cour des écoles qui débordent. 

Au secondaire, les mêmes problèmes sont vécus de façon criante : les parents veulent envoyer leur enfant dans la meilleure école, qui devient donc une école élitiste, puisque les enfants ayant des difficultés sont vite mis de côté. Ces derniers doivent changer d’école parce qu’ils ne répondent plus aux attentes des différents programmes. Et le Québec qui dérivera bientôt dans les mêmes eaux. 

Je disais toujours aux Belges : «Allez au Québec pour voir ce qui se fait». Maintenant, je devrai dire aux Québécois : «Allez en Belgique pour voir ce que ça donne».