La Grande mosquée de Québec

Valoriser la culture, pour freiner l’islamophobie

J’aimerais apporter mon grain de sel au dossier de la Journée contre l’islamophobie. Je ne suis pas d’emblée contre l’idée, mais personne jusqu’à présent ne m’a convaincu de l’utilité d’une telle journée, de près ou de loin.

D’abord, le fait de faire coïncider la journée avec la commémoration de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec me semble relayer à l’arrière-plan la tragédie elle-même, qui mérite une commémoration en soi, au même titre que le massacre de la polytechnique. Ensuite, tout comme la commémoration de la tuerie de la polytechnique, l’événement a comme effet de mettre la lumière sur la violence faite à un groupe social, sans même avoir à la nommer.

Ensuite, le 21 mars est la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. L’événement en soi s’avère inclusif, qui ne met pas l’emphase sur une population précise. Le racisme est du racisme, quelle que soit la population touchée. Je ne vois aucun intérêt à créer une journée contre la discrimination faite envers les musulmans (majoritairement arabes, mais aussi d’autres groupes ethniques). D’autant que d’autres groupes sociaux s’avèrent ostracisés au Québec : Afroaméricains, Juifs, Premières Nations et Inuits, etc. Chaque groupe ostracisé doit-il avoir sa journée ? Je n’en vois pas l’intérêt, d’autant qu’on est plus forts ensemble.

Mon idée est tout autre : une journée de commémoration de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec, oui, mais également une journée de valorisation de la culture arabe (voire perse, indonésienne, sénégalaise, etc.) Une telle journée aurait un plus grand potentiel pour abattre les préjugés, en mettant en lumière la riche contribution de la culture arabe dans les sciences, la spiritualité, les arts et tout le reste. La communauté arabe québécoise est florissante et les Québécois en général connaissent peu sa culture et ses apports au monde : transmission du zéro aux Européens, apports majeurs aux sciences physiques, dont la chimie (al kemi), mystique soufie, musique, architecture… 

Les musulmans de toutes origines ont une fierté qui aurait un potentiel plus grand de lutte au racisme si elle était partagée que n’importe quelle journée visant à faire ressortir le racisme (ou la discrimination religieuse). J’en prends à témoin le Mois de l’histoire des Noirs.

Je crois sincèrement que la vraie connaissance est une arme beaucoup plus puissante contre le préjugé que de faire ressortir les tares des gens.

Martin Bertrand, Québec