Pierre Céré

Vacuité et dérive identitaire comme projet politique

Ils sont perchés sur la même corde et, en définitive, ils nous chantent le même air: CAQ et PQ veulent réduire le nombre d’immigrants, devenus une menace au fait français et à notre propre survie.

L’un veut obliger à un test de français après trois ans; l’autre, sélectionner les seuls immigrants ayant une connaissance suffisante du français. L’un parle d’un test des valeurs, l’autre d’une déclaration sur nos valeurs qu’il faudra bien renforcer. L’un évoque un «test d’expulsion», l’autre nous entretient de son futur projet de loi 202 visant non seulement l’immigration, mais aussi les jeunes cégépiens anglophones à qui on pourrait refuser leur diplôme collégial. Tout cela fait peur.

L’auteur Daniel Thibault, récemment, mettait sur son fil twitter le message suivant : «[…] j’espère de tout cœur que c’est la dernière fois que les minorités sont utilisées comme épouvantail dans une élection. Le nationalisme identitaire est un repli. L’ouverture est certes un défi, mais elle est la clé de notre survie». Difficile de dire mieux.

En manque d’un projet de société

Des quatre principaux partis qui se présentent devant nous, trois d’entre eux, incluant celui que je considère avoir été mon parti, sont amalgamés par une surenchère de promesses, que l’on peut facilement ranger dans le rayon du clientélisme. Réduire le prix de l’essence, sans prendre en considération que de telles baisses entraînent toujours une course au plus gros véhicule, est inconséquent avec un discours proposant deux phrases plus loin une transition énergétique.

Proposer que le système scolaire offre le dîner à nos enfants, moyennant une tarification basée sur le revenu des parents ajoute une charge administrative à nos écoles qui sont déjà bien débordées. Proposer de réduire le coût du permis de chasse et de pêche ressemble à du racolage. Changer sa plate-forme électorale, «au terme de discussions récentes», pour remplacer l’interdiction de la vente de véhicules à essence à partir de 2035 par des «cibles audacieuses, des objectifs, des mesures d’accompagnement», voilà des phrases bien creuses. Et la liste de ces improvisations est trop longue à faire ici.

Des défis que le Québec peut relever

La planète est aux prises avec de grands défis, nous le savons tous : la transition énergétique et une meilleure redistribution des richesses sont des enjeux incontournables, mais complexes. Comme en toute chose, il y en a toujours un, au début, qui se lève pour indiquer les changements à entreprendre. Le Québec possède tous les attributs de celui-là.

Nous avons déjà fait de grands pas depuis les années 1960, avec Hydro-Québec, et l’usage d’énergies renouvelables. Nous pouvons maintenant nous engager à faire le prochain pas de géant qui consisterait à l’électrification du transport. Nous possédons le savoir, l’ingénierie, les ressources naturelles. En cela, nous pourrions être fort ambitieux et nous engager dans une nouvelle révolution tranquille.

Envisager l’école gratuite du CPE à l’université ou la mise en place d’une assurance dentaire universelle ne constituent pas des mesures frivoles. Ce sont des projets porteurs, comme celui, nécessaire, visant une transition écologique. Ces propositions, et bien d’autres, auraient pu être celles du PQ, celui auquel j’ai cru, que j’ai voulu et défendu, mais elles sont celles de Québec solidaire (QS). Elles ont été réfléchies, débattues et entérinées par leurs militants et militantes. Ce n’est pas un jeu d’improvisation et d’oubli une fois arrivé au pouvoir.

Le Larousse définit le mot vacuité par un vide intellectuel et une absence de valeurs. Cela caractérise bien aujourd’hui ce parti que j’ai tant aimé, le Parti Québécois. Je ne m’y reconnais plus, ne sachant toujours pas si le plus dommageable fut les improvisations et autres dérives identitaires de son chef ou le silence de ceux et celles qui auraient dû parler.

Je ne suis pas membre ni militant de Québec Solidaire, mais le 1er octobre mon choix est fait, je vote QS.

Pierre Céré, auteur, militant et candidat à la direction du Parti québécois en 2015