Les cadres de l'Université Laval recevront chacun 6000 $ pour compenser leurs efforts supplémentaires lors de la grève des employés de soutien.

Université Laval: quelque chose ne tourne pas rond

Il y a définitivement quelque chose qui ne tourne pas rond au Québec. Pour ne pas dire, comme le dirait Shakespeare, qu'il y a quelque chose de pourri dans le système, et ça vient de haut.
C'est ce que je me suis dit ce matin en lisant que la direction de l'Université Laval remettra à chacun de ses 266 cadres un chèque de 6000 $ pour les compenser pour les heures supplémentaires effectuées lors de la grève des employés de soutien. De quoi soulever le coeur!
À l'heure même où les dirigeants de nos universités se plaignent régulièrement d'un manque de financement, les bonzes de l'Université Laval sortent 1,6 million $ d'argent public de leurs coffres pour récompenser le travail de scabs effectué par leurs cadres. Pendant que les employés de soutien, les plus bas salariés de l'institution, faisaient la grève pour essayer d'améliorer leur sort, la direction choisissait de recourir à ses cadres pour les remplacer et prolonger le conflit. Ils ont été six semaines sans salaire à faire du piquetage jour après jour dans le froid. Mais ce n'était rien pour émouvoir les administrateurs et dirigeants de l'Université Laval.
Au contraire, quelques mois plus tard, on choisit plutôt de dédommager les cadres, celles et ceux-là mêmes qui bénéficient déjà des salaires les plus élevés, en leur versant une prime de 1000 $ par semaine, outre leur salaire régulier, pour chacune des six semaines qu'a duré le conflit. Un gain supplémentaire de 6000 $ pour chaque cadre devenu scab. C'est plus que le salaire moyen d'un employé de soutien. À soulever le coeur!
Robin des bois à l'envers
Pire encore : l'Université Laval finance en partie ce cadeau par les économies qu'elle a faites au cours du conflit, en épargnant justement le salaire des grévistes. On puise dans la poche des plus pauvres pour donner aux plus riches... Comme quoi ces «valeureux» cadres avaient intérêt à faire en sorte que le conflit perdure... À soulever le coeur!
Comme si ce n'était pas assez : cette opération a la bénédiction du ministère de l'Enseignement supérieur dont les règles budgétaires autorisent une telle manoeuvre honteuse. Et tout cela se passe dans une période de grande réflexion autour du financement de l'enseignement supérieur au Québec.
Heureusement que le ridicule ne tue pas, car les pratiques de gestion de l'Université Laval feraient aujourd'hui des victimes. Ce qui ne les empêche pas de semer beaucoup d'injustice.
Une belle démonstration du manque de jugement et de l'insensibilité que quelques personnes peuvent parfois avoir dans certaines hautes sphères administratives au Québec.
Anne Dionne, Présidente de la Fédération du personnel de soutien de l'enseignement supérieur (FPSES-CSQ)