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Margaret Thatcher a été la première femme politique à la tête d’une grande puissance à reconnaître l’urgence climatique. Ici, la première ministre britannique le 5 décembre 1986.  
Margaret Thatcher a été la première femme politique à la tête d’une grande puissance à reconnaître l’urgence climatique. Ici, la première ministre britannique le 5 décembre 1986.  

Unir la gauche et la droite face à l’urgence climatique

Michelle Cumyn
Michelle Cumyn
Professeure titulaire, Faculté de droit de l’Université Laval
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DES UNIVERSITAIRES / Margaret Thatcher fut la première femme politique à la tête d’une grande puissance à reconnaître l’urgence climatique. En 1988 devant la Royal Society du Royaume-Uni, en 1989 à la Conférence générale des Nations Unies et en 1990 à la deuxième conférence mondiale sur le climat de Genève, elle prononça des discours passionnés pour en appeler à une mobilisation internationale.

Elle déclara que «le danger du réchauffement climatique est encore invisible, mais il est suffisamment réel pour que nous fassions des changements et des sacrifices, pour ne pas vivre aux dépens des générations futures.» Elle ajouta que pour faire face aux changements climatiques, il faudrait déployer de l’imagination, des efforts scientifiques, une coopération internationale et un courage politique sans précédent. Margaret Thatcher fut chassée du pouvoir en 1990 et ne revint plus sur ce thème.

Dépolitiser la lutte aux changements climatiques

Dans les années qui ont suivi, la question climatique s’est politisée et l’enjeu a été porté principalement par les partis de gauche. Ceci a eu deux conséquences malheureuses. D’une part, les partis de droite ont minimisé l’importance des changements climatiques pour éviter d’apporter de l’eau au moulin de la gauche. D’autre part, les partis de gauche se sont appropriés ce même enjeu et ont développé le réflexe de considérer toute proposition de la droite comme suspecte ou illégitime. C’est ainsi que la crise climatique est devenue un objet de luttes partisanes et une source de divisions au sein même de la population.

Nous devons tous travailler à dépolitiser les appels à l’action pour lutter contre les changements climatiques. Les interventions et le leadership étatiques prônés par la gauche sont tout aussi importants que les solutions économiques proposées par la droite. La critique par la droite des lourdeurs administratives qui freinent l’innovation est aussi pertinente que la préoccupation de la gauche pour les inégalités qui se creusent. En revanche, les discours sentencieux et moralisateurs d’une certaine gauche, tout comme le négationnisme d’une certaine droite, sont déplorables et contre-productifs.

Bâtir des initiatives transpartisanes

Quelques efforts remarquables visant à transcender les lignes de parti méritent d’être soulignés. À trois reprises entre 2003 et 2007, les sénateurs républicain John McCain et démocrate Joseph Lieberman ont présenté conjointement des projets de loi devant le congrès des États-Unis pour lutter contre les changements climatiques. Aucun n’a été adopté, mais McCain est parvenu à convaincre son parti de l’importance de cet enjeu, un élément central de sa campagne durant les primaires de 2008. Après la victoire de Barack Obama aux élections présidentielles de 2008, le parti républicain a modifié sa trajectoire en adoptant un discours climatosceptique. L’exemple des États-Unis nous montre à quel point la polarisation de l’enjeu climatique peut avoir un effet paralysant. Il nous montre aussi qu’il faut redoubler d’efforts pour surmonter cette polarisation à l’aide d’initiatives transpartisanes.

En France, une commission spéciale de députés de tous les partis a vu le jour récemment pour travailler sur une loi de lutte contre le dérèglement climatique. Au Royaume-Uni, des députés de tous les partis ont formé un groupe parlementaire, le All-Party Parliamentary Climate Change Group, dans le but de stimuler l’action gouvernementale en faveur du climat.

Il serait souhaitable que nos députés à Ottawa et à Québec forment de tels groupes parlementaires. Il pourrait s’agir d’un comité avec un mandat officiel, comme en France, ou d’un groupe plus informel, comme au Royaume-Uni.

De tels groupes peuvent s’appuyer sur l’expertise d’un conseil scientifique semblable à ceux dont plusieurs gouvernements se sont dotés pour lutter plus efficacement contre la COVID-19. La présence des scientifiques peut contribuer à dépolitiser la prise de décisions pour répondre à l’urgence climatique.

S’il y a un enjeu qui doit transcender les partis politiques et mobiliser tout notre savoir et notre savoir-faire, c’est bien celui des changements climatiques.

Questions ou commentaires? 

Michelle Cumyn est membre du regroupement Des Universitaires

SOURCES

Discours de Margaret Thatcher devant la Royal Society, 27 septembre 1988, en ligne : Speech to the Royal Society

Discours de Margaret Thatcher à l’Assemblée générale des Nations Unies, 8 novembre 1989, en ligne : Speech to United Nations General Assembly (Global Environment)

Discours de Margaret Thatcher à la deuxième conférence mondiale sur le climat à Genève, 6 novembre 1990, Youtube, Thatcher Global Warming

Cale Jaffe, “Melting the Polarization Around Climate Change Politics” (2018) 30 Georgetown Environmental Law Review 455, en ligne: Melting the Polarization Around Climate Change Politics

France, Assemblée nationale, Composition de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, en ligne ici.

Secretariat of the All-Party Parliamentary Climate Change Group, en ligne ici.