Difficile de prédire l'avenir politique de Theresa May (photo). «Déterminée et fonceuse, la première ministre britannique n'est pas du genre à plier bagage facilement devant l'adversité», écrit l'auteur.

Une victoire écossaise aux élections britanniques

Au cours d'un entretien il y a quelques années avec un illustre stratège du Parti conservateur britannique, ce dernier y est allé d'une observation étonnante. Selon sa lecture, sa famille politique aurait la faveur des urnes pour de nombreuses années si l'Écosse se séparait puisque cette région de la Grande-Bretagne n'élit pratiquement aucun Tory depuis des lustres et peut assurer la victoire aux travaillistes.
Jeudi dernier, 13 conservateurs écossais - en plus, potentiellement, des 10 parlementaires du Parti unioniste démocrate (DUP) d'Irlande du Nord - ont été élus à Westminster et permettront vraisemblablement à Theresa May de ne pas devoir appeler les déménageurs pour quitter le 10, Downing Street.
L'excellent score des conservateurs au pays des Pictes n'est en rien redevable à Theresa May ou à ses gourous de campagne. C'est même plutôt le contraire puisque les conservateurs écossais ont décidé de jeter au panier le plan de match établi à Londres. Très bien joué.
J'ai pris part au référendum sur l'indépendance en septembre 2014. L'une des figures les plus actives dans le camp du Non était la jeune (38 ans) et charismatique chef conservatrice Ruth Davidson. Alors que le premier ministre conservateur David Cameron limitait les apparitions en territoire écossais pour ne pas plomber les chances de son camp, en raison de son impopularité, Ruth Davidson avalait les kilomètres en carburant au Coke diète.
Vent de fraîcheur
Même ceux qui ne partageaient pas ses opinions lui reconnaissaient la grande qualité de représenter un vent de fraîcheur pour une formation politique dont la seule évocation du nom suffisait à susciter l'indifférence ou la réprobation (Margaret Thatcher n'a pas beaucoup d'admirateurs au pays du whisky). C'est ainsi qu'aux élections écossaises du 5 mai 2016, elle réussissait le tour de force de dépasser les travaillistes pour former l'opposition officielle face au gouvernement souverainiste du SNP.
Aussi fédéraliste - nous devrions plutôt dire unioniste - qu'elle soit, Ruth Davidson marque aisément la différence des bleus écossais avec ceux de Londres. Sur la question du Brexit, par exemple, son approche est beaucoup plus souple que celle des conservateurs anglais. Après tout, les Écossais se sont opposés au départ de leur pays de l'Union européenne le 23 juin 2016. Dans d'autres domaines également, elle ne se gêne pas pour marquer une différence.
Difficile de prédire l'avenir politique de Theresa May. Déterminée et fonceuse, la première ministre britannique n'est pas du genre à plier bagage facilement devant l'adversité. Elle vendra donc sa peau très chèrement à ses adversaires en chambre mais aussi à l'intérieur de son parti.
Même s'ils ont perdu leur pari, les stratèges conservateurs doivent le retour sur les banquettes gouvernementales à une politicienne écossaise qui incarne un conservatisme souriant, rassembleur et nettement progressiste sur le plan social.
Les barons conservateurs auront désormais tout intérêt à s'inspirer de Ruth Davidson et à ne surtout pas l'ignorer.
Marc Nadeau, Sherbrooke
Détenteur d'une maîtrise en histoire de l'Université de Sherbrooke, l'auteur a vécu en Écosse en 2014-2015 et a pris part au référendum sur l'indépendance