Le gouvernement dirigé par François Legault est encore tout jeune, mais l’auteur s’inquiète devant ses premiers gestes et les premiers projets de loi annoncés par ses ministres, dans ce qui apparaît comme une séance permanente d’improvisation.

Une séance permanente d’improvisation caquiste

Bien sûr, le gouvernement dirigé par M. Legault est encore tout jeune et, comme on dit souvent, il faut laisser la chance au coureur. Toutefois, l’observateur de la scène politique ne peut pas s’empêcher, devant ses premiers gestes et les premiers projets de loi annoncés par ses ministres, de s’inquiéter devant ce qui apparaît comme une séance permanente d’improvisation.

Bien sûr, le gouvernement dirigé par M. Legault est encore tout jeune et, comme on dit souvent, il faut laisser la chance au coureur. Toutefois, l’observateur de la scène politique ne peut pas s’empêcher, devant ses premiers gestes et les premiers projets de loi annoncés par ses ministres, de s’inquiéter devant ce qui apparaît comme une séance permanente d’improvisation.

Commençons par le dossier le plus simple, celui de la légalisation de la marijuana. Sur les conseils d’associations de médecins relatifs aux dangers de la consommation sur un cerveau encore en développement, et en se basant sur les inquiétudes d’une population frileuse, le gouvernement Legault a décidé de hausser l’âge légal pour en acheter à la SQDC et pour en consommer en toute légalité à 21 ans. Mais pourquoi? Le gouvernement fédéral a fixé l’âge légal à 18 ans, et les neurologues affirment que le cerveau se développe jusqu’à l’âge de 25 ans. Pense-t-on que les jeunes vont attendre patiemment leur 21e anniversaire pour consommer? Voilà une décision qui paraît bien impromptue et peu audacieuse.

Le dossier des maternelles à quatre ans est lui aussi quelque peu surréaliste. Le premier ministre a promis, dans son discours inaugural, que la maternelle à quatre ans serait accessible à tous les petits Québécois d’ici cinq ans, et il accuse ceux qui lui disent que c’est impossible de «manquer d’audace», piètre imitation de Danton. Comment lui faire comprendre que trouver des locaux et des enseignants et démanteler le réseau des CPE n’est pas une question d’audace, mais de moyens et de jugement?

Enfin, le plat de résistance, la diminution des cibles d’immigration au Québec de 50 000 à 40 000 par an, annoncée par le ministre Jolin-Barrette. Alors qu’un grand nombre d’entreprises se trouvent en pénurie de main-d’œuvre, au point où certains commerces diminuent leurs heures d’ouverture, le ministre propose de réduire le nombre d’immigrants économiques de 30 200 en 2018 à 23 450 en 2019.

Mais d’où sort cette cible? Aucune étude n’a été faite là-dessus. Le ministre dit se baser sur un «fort consensus québécois» et soutient qu’on pourra ainsi mieux intégrer les nouveaux arrivants. Ce fort consensus n’est basé sur rien d’autre que les sondages, comme celui d’IPSOS-La Presse d’août 2018, qui révélait que 45% des Québécois (dont 48% des francophones et 53% des électeurs caquistes) croient qu’il y a trop d’immigrants au Québec. Ce sondage est d’autant plus chagrinant qu’il nous apprend que plus on vit éloigné des immigrants (extérieur des grands centres 52%), plus on trouve qu’il y en a trop!

«Massive», vraiment?

Il y a aussi fort à parier que le gouvernement est sensible aux textes des chroniqueurs de la mouvance identitaire qui dénoncent à cor et à cri l’immigration «massive» dont serait victime le Québec. Mais comment peut-on parler d’immigration massive quand le Québec a accueilli, en 2017, 52 388 immigrants pour une population de 8,4 M, soit 0,6%?

Sans compter que sur ces 52 388 immigrants, plusieurs seront retournés dans leur pays ou auront migré au Canada anglais dans un délai de cinq ans. Comment peut-on bâtir une politique viable sur un sujet aussi sensible que l’immigration en se fondant sur des sondages et sur l’humeur de quelques chroniqueurs affolés?

Et on ne parle même pas de l’affaire de l’interdiction des signes religieux, dans lequel le gouvernement confond allègrement la laïcité et la symbolique vestimentaire, et où il fonde sa politique sur des impressions et même sur des chimères. La Ligue nationale d’improvisation (LNI) aurait-elle déménagé ses pénates à l’Assemblée nationale?

Marc Simard, Historien, Québec