Une Régie pro-proprios?

Lettre ouverte au premier ministre Philippe Couillard
Le conseil des ministres a désigné cette semaine Me Patrick Simard à la présidence de la Régie du logement. Celui-ci entrera en fonction ce lundi, ironiquement la même date que la Journée mondiale de l'Habitat soulignée par l'ONU pour mettre l'accent sur le droit fondamental de tous et toutes à un logement adéquat. Or, à titre d'avocat, Me Simard a représenté par le passé la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) dans des causes visant à limiter les recours des locataires, dont une visant par exemple à empêcher les femmes victimes de violence conjugale à mettre fin à leur bail.
Au cours de la Tournée sur le droit au logement que le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a mené dans cinq régions, en cinq semaines, et qui se terminera justement le 2 octobre à Montréal, nous avons entendu des dizaines de personnes mal-logées exposant l'absence de moyens à leur portée pour faire respecter leur droit à un logement décent. Insalubrité, harcèlement, intimidation, évictions illégales, autant de situations que des locataires vivent quotidiennement, dans l'anonymat, et portant atteinte à leur dignité. Toutes ces personnes ont dit se sentir abandonnées par les gouvernements.
La nomination de monsieur Simard à la tête de la Régie du logement augure très mal pour les locataires déjà mal servis, comme l'a également dénoncé le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ). C'est un signal d'autant plus inquiétant que le ministre responsable de l'habitation, Martin Coiteux, dit vouloir la réformer.
Monsieur le premier ministre, pour garantir la réalisation du droit au logement tel que le définit l'ONU, comme la sécurité d'occupation, la capacité de paiement, l'accessibilité, l'habitabilité et l'accès sans discrimination, et pour assurer à la Régie du logement toute l'indépendance requise dans l'accomplissement de sa mission, vous devez revenir sur cette décision. Vous devez aussi sans tarder adopter des politiques pour améliorer les conditions de logement au Québec : renforcer les protections légales des locataires, entre autres contre les évictions, adopter un code national du logement et augmenter le nombre de logements sociaux.
Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU