Un mémorial pour la petite victime de Granby

«Une priorité nationale», la protection de nos enfants?

POINT DE VUE / «Une priorité nationale», la protection de nos enfants? Pas vraiment jusqu’à maintenant. Et c’est franchement consternant. Un mois s’est écoulé depuis le décès de la petite Alicia (nom fictif), et on attend toujours un ensemble de mesures prioritaires pour juguler la crise de la DPJ révélée par le drame de Granby. Pour le moment, rien n’a encore véritablement changé sur le terrain.

Au moment d’écrire ces lignes, la non-partisanerie qui animait nos parlementaires lorsqu’ils ont adopté une motion unanime pour faire de la protection des enfants du Québec «une priorité nationale» semble voler en éclat. L’intérêt supérieur de nos enfants devrait pourtant abolir toutes les lignes traditionnelles de fracture : partisanes, gauche-droite, patrons-syndicats, etc.

Rappelons à tous ces gens que les médias signalaient, lundi dernier, qu’on avait retrouvé une fillette de trois ans errant sans surveillance dans les rues de Québec, un deuxième incident en moins d’un an impliquant cette enfant. «Il ne faut pas en échapper d’autres; il ne faut pas attendre qu’on ait une autre histoire comme celle de Granby», soulignait un témoin de la scène.

Un mois après cette tragédie, j’encourage le premier ministre et tous les chefs de parti à s’élever au-dessus de la mêlée pour faire accélérer les choses, ensemble. J’en appelle à l’indignation, au sentiment d’urgence et à la volonté d’agir rapidement qui les animaient, le 2 mai dernier, pour qu’ils retrouvent le sens de la priorité nationale qu’ils invoquaient dans leur motion.

Car, dans l’immédiat, les intervenants croulent autant qu’avant sous le nombre de dossiers à traiter. La pénurie de personnel est tout aussi criante. Un autre Granby pourrait effectivement survenir demain matin. Et, surtout, la vraie question : à quand un budget à la hauteur des besoins réels en protection de la jeunesse?

On l’a fait pour les soins à domicile destinés aux aînés dans le dernier budget provincial. N’y a-t-il donc pas d’argent pour nos enfants en détresse pendant qu’on nage dans les surplus? N’y a-t-il pas de fonds pour cette future génération?

Pour l’heure, l’annonce de la commission sur la protection de la jeunesse et la bisbille qui l’entoure relèguent l’urgence de la situation au second plan. Résultat : toute la bonne volonté qu’il y a en ce moment sur le terrain, y compris chez le ministre Lionel Carmant, se heurte aux lourdeurs de la machine bureaucratique. En temps de crise, il faut des solutions de crise, quitte à contourner les processus habituels et à frustrer quelques chasses gardées!

Je le redis : il est question ici de la vie et de l’avenir de nos enfants.

Il y a déjà des solutions à portée de main. Nous en avons fait part au ministre et lui avons proposé notre aide. Même les directeurs de la protection de la jeunesse en appellent à de nouvelles idées pour le réseau. Pareille convergence est du jamais vu, preuve que la situation est critique et justifie d’agir rapidement. D’autant plus que la commission pourrait mettre jusqu’à deux ans pour mener à bien ses travaux et annoncer ses recommandations.

Le 2 mai dernier, jour de la motion à l’Assemblée nationale, tous et toutes croyaient que le drame de Granby aurait l’effet d’un électrochoc salutaire. Mais ce n’est pas le cas. Il y a actuellement des obstacles et des résistances que seuls un premier ministre et un véritable consensus pourront aplanir. Et si on veut vraiment, à terme, d’une commission avec un véritable ascendant et des recommandations rassembleuses.

Notre indignation collective doit se transformer en moteur de changement immédiat. Les beaux sentiments et les bonnes intentions ne suffisent pas. La discorde n’a surtout pas sa place. Il faut des gestes concrets, énergiques et significatifs. Ça presse! Sinon l’expression «priorité nationale» ne veut rien dire et, au prochain drame, nous serons tous et toutes un peu coupables d’être si vite retournés dans le confort de notre indifférence et de nos façons de faire habituelles.