Depuis son accession à la présidence américaine, Donald Trump privilégie une diplomatie personnelle.

Une politique étrangère sans direction

ANALYSE / Depuis son accession à la présidence américaine, Donald Trump privilégie une diplomatie personnelle. Se percevant comme un grand négociateur, il ne lit pas les dossiers préparés par les hauts fonctionnaires du secrétariat d’État. En conséquence, il se présente sans préparation aux sommets internationaux. Il agit par instinct, comme s’il connaissait mieux que tout autre, mieux même que ses plus proches conseillers, la nature des différents enjeux internationaux.

Une telle attitude a de graves conséquences palpables. D’une part, cela l’amène à faire régulièrement des déclarations intempestives et inconsidérées ayant souvent de graves répercussions. D’autre part, cette approche personnalisée apparaît de plus en plus erratique et incohérente.

Sans approche globale, Trump agit frénétiquement, courant comme une queue de veau, cherchant à régler sans préparation à la dernière minute une variété de crises. En effet, son administration n’a toujours pas défini de doctrine en politique internationale. Elle n’a pas développé une large vision cohérente permettant de présenter une stratégie globale pour faire face aux crises.

Plus encore, son administration ne dispose pas des ressources humaines nécessaires. À la suite d’importantes compressions budgétaires imposées par Trump, le secrétaire d’État a vu ses effectifs réduits d’un tiers depuis deux ans. De plus, des centaines de hauts postes de fonctionnaires en affaires étrangères n’ont toujours pas été pourvus. Par exemple, cela a pris 25 mois pour désigner un ambassadeur américain en Arabie saoudite.

Le plus bel exemple de cette absence de politique cohérente est démontré dans la relation de Donald Trump avec Kim Jong-Un. Après avoir menacé à plusieurs reprises d’annihiler la Corée du Nord durant la première année de son mandat, le président américain a pris en 2018 un virage à 180 degrés. Depuis neuf mois, il a tenu deux sommets avec le dictateur nord-coréen, sans avoir obtenu aucun véritable résultat palpable.

Alors que Trump rêve d’obtenir le prix Nobel de la paix en concluant avec Kim un accord chimérique sur la dénucléarisation de la Corée du Nord, ce dernier gagne un temps précieux dans la mise en place de son dispositif nucléaire. Plus encore, Kim a obtenu une concession majeure de Trump, soit l’arrêt des grands exercices militaires américano-sud-coréens.

Par ailleurs, les objectifs de Trump sur la dénucléarisation nord-coréenne contredisent ses propres politiques face à la Russie. En effet, Washington et Moscou viennent d’abroger le traité de réduction des armes nucléaires de 1987, choisissant de se lancer dans une nouvelle course à l’armement. Trump demande donc à la Corée du Nord d’adhérer à une politique qu’il rejette personnellement.

De la même manière, toute la politique américaine au Moyen-Orient est dorénavant dirigée par son gendre, Jared Kushner. Or, ce dernier privilégie une politique dans la région basée sur sa relation personnelle avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane. En conséquence, les objectifs personnels du prince saoudien sont placés au centre de la politique américaine dans la région. Aussi, il n’est plus question pour Washington de promouvoir les droits humains.

Critique sévère d’un présumé manque de leadership américain sous Obama au Moyen-Orient et en Asie centrale, Trump n’a pas trouvé mieux que d’annoncer en décembre dernier le retrait inconditionnel des troupes américaines de Syrie et d’Afghanistan. Cette décision soudaine et saugrenue a été prise sans consulter les alliés américains en Europe ou dans la région. Plus encore, ni le secrétariat d’État, ni le Pentagone, ni ses plus proches conseillers n’ont été au préalable consultés.

Face à l’Amérique latine où les problèmes s’accumulent, la présente administration américaine se démarque par une absence de politique. La construction d’un mur à la frontière mexicaine devient pour Trump la panacée à tous les maux de la région.

Toute la politique de Trump vis-à-vis la Chine se résume pour ainsi dire à l’imposition de tarifs visant à limiter l’accès des produits chinois au marché américain. Après avoir mis fin à la politique de pivot asiatique du président Obama, Trump n’a toujours pas présenté de vision globale pour contrer la montée de la Chine comme superpuissance en Asie et dans le monde.

Face à l’Afrique, l’administration Trump n’a aucune politique, si ce n’est de traiter les pays africains de « trou de merde ». Pourtant, le continent africain connaît non seulement un essor économique fulgurant, mais il est devenu grâce à ses immenses ressources naturelles une région névralgique. Sans opposition, la Chine est en train de transformer ce continent comme sa chasse gardée.

Toutefois, l’absence de leadership américain se fait particulièrement sentir sur le plan de la sécurité mondiale. Or, depuis le 14 février, l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires, se sont engagées dans une dangereuse escalade militaire. Incidemment, ces deux pays ont connu déjà trois guerres depuis la division de l’Inde en 1947.

L’Inde et le Pakistan sont maintenant au bord d’un cataclysme nucléaire. Mais contrairement aux crises précédentes touchant ces deux pays, les observateurs internationaux constatent un grand absent. En effet, aucun envoyé spécial américain n’a été dépêché pour effectuer la navette entre les deux capitales pour réduire les tensions et proposer des solutions de compromis.

Donald Trump avait promis en 2016 de redonner leur grandeur aux États-Unis. Or, sous sa présidence, nous assistons non seulement à un désengagement international majeur, mais aussi à une transformation des États-Unis en une puissance ordinaire. En conséquence, le monde est confronté à l’émergence d’un nouvel ordre mondial beaucoup plus volatile et dangereux.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.