«Le gouvernement du Québec, lorsqu’il a décidé d’investir dans la C Series, devenu depuis le A220, aurait dû insister pour ne pas être obligé de quitter le navire en 2023, puis 2026, bien avant que le sommet des ventes ne soit atteint», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Une leçon durement apprise

POINT DE VUE / Cinquante ans, c’est l’espérance de vie technologique d’un avion commercial, du premier moment de sa conception jusqu’à son retrait du service. Et le cycle de développement, de mise au point et de certification d’un appareil commercial prend généralement les 15 premières années de ce long cycle.

Dans ce contexte, le sommet des ventes ne peut vraisemblablement arriver qu’entre 10 et 15 ans après sa mise en service, une fois que l’appareil a fait ses preuves après des dizaines de milliers d’heures de vol en clientèle initiale. Et ainsi vont les flux monétaires de profits reliés aux ventes.

Qui a pensé que les avions de la C Series permettraient à son fabricant d’atteindre le moindre retour sur investissement au moment où l’appareil commençait sa carrière commerciale ou dans les quelques années qui suivraient? Le gouvernement du Québec, lorsqu’il a décidé d’investir dans la C Series, devenu depuis le A220, aurait dû insister pour ne pas être obligé de quitter le navire en 2023, puis 2026, bien avant que le sommet des ventes ne soit atteint. Et Bombardier maintenant, éjecté parce qu’à bout de souffle. Mais qui donc a pensé que cette division pouvait se rentabiliser avant qu’au moins 10 années aient passé après la mise en service de l’appareil?

Le monde de l’aviation fonctionne sur le long terme. Airbus le sait, depuis toujours. Mais on dirait que personne, ni au gouvernement du Québec, ni chez Bombardier, ne l’a jamais vraiment compris et assumé. On a perdu quelques milliards de dollars pour l’apprendre, c’est probablement la leçon d’affaires la plus coûteuse de l’histoire du Québec inc.