À Matapédia, en Gaspésie, les 645 citoyens du village sortent à peu près tous de l’inondation des 20 et 21 avril convaincus que la montée des eaux aurait pu être évitée par une intervention de la Garde côtière mieux ciblée et tenant compte des compétences locales.

Une inondation évitable à Matapédia

POINT DE VUE / Le Québec vit présentement l’un de ses pires épisodes d’inondations des dernières décennies. Elles auraient difficilement été évitables, les racines du problème étant profondes dans le temps.

Toutefois, à Matapédia, en Gaspésie, les 645 citoyens du village sortent à peu près tous de l’inondation des 20 et 21 avril convaincus que la montée des eaux aurait pu être évitée par une intervention de la Garde côtière mieux ciblée et tenant compte des compétences locales.

Matapédia a vécu une inondation traumatisante le 17 avril 1994. Les dommages infligés par la crue de la rivière Restigouche ont atteint un intervalle de 12 à 20 millions $. La note totale n’a jamais été établie publiquement. C’est une somme énorme pour un village, si on la ramène en plus en dollars constants.

Dès les jours suivants, Marcel Landry, alors député de Bonaventure, avait mis en branle avec un petit groupe de citoyens les mesures appropriées pour éviter une répétition du désastre, parce qu’il y avait quelque chose à faire.

Ayant passé quelques années en Montérégie avant de revenir en Gaspésie, M. Landry avait vu que des rivières pouvaient être déglacées par un aéroglisseur de la Garde côtière canadienne. À partir de 1995, cet aéroglisseur s’est pointé sans faille à Matapédia, à temps, avec un équipage réceptif à s’asseoir avec les citoyens connaissant bien la rivière Restigouche et à discuter des meilleurs endroits où intervenir pour prévenir les embâcles. Régulièrement, l’équipage de Garde côtière faisait monter dans l’aéroglisseur un citoyen de Matapédia compétent sur la rivière.

Ce travail d’équipe a bien servi Matapédia. Pendant les 13 printemps couvrant la période 1995-2007 inclusivement, le village n’a pas subi d’inondation, malgré certains hivers très froids et neigeux, propices à la formation de glaces, à commencer par celui de 1995.

En 2008, l’arrivée du ministère de la Sécurité publique comme interlocuteur premier de la Garde côtière a compliqué les communications. En fait, le comité local compétent a été exclu d’un contact régulier avec la Garde côtière. Un protocole rigide a été établi.

En 12 printemps depuis 2008, il y a eu quatre inondations à Matapédia, incluant cette année d’adoption de protocole, puis 2012, 2014 et 2019.

Soumis à des variables comme les chutes de neige, la température hivernale, l’absence ou non d’une débâcle en décembre, les phénomènes d’embâcles et de débâcles ne répondent pas aux critères d’une science prévisible, comme la date de la pleine lune.

Toutefois, il est clair que la Garde côtière, en quittant la rivière Restigouche deux jours et demi avant l’inondation, prétextant qu’il n’y avait pas assez d’eau pour travailler, n’a pas fait le maximum. D’autres années, en situation comparable, l’aéroglisseur était resté pour dégager les abords de deux ponts agissant comme goulot d’étranglement, tant pour la glace que pour l’eau.

L’aéroglisseur est arrivé à Gaspé le 12 avril. Il aurait normalement pu arriver sur la Restigouche le lendemain midi. L’équipage avait au programme un arrêt préalable à Shippagan, au Nouveau-Brunswick, pour déglacer un port de pêche, comme à Gaspé. Cette escale à Shippagan a finalement été annulée.

Les dirigeants de la Garde côtière répètent sans cesse que leur mission première, sur le Saint-Laurent l’hiver et dans les rivières le printemps, est d’empêcher les inondations. Pourquoi l’aéroglisseur n’est-il pas allé directement à Matapédia alors?

Il est arrivé le 15 en après-midi, et il n’a commencé le travail que le 17, après avoir éprouvé deux bris mécaniques. C’est loin d’une arrivée optimale le 13 avril. Répondant aux pressions des crabiers du sud du golfe Saint-Laurent, bloqués par les glaces au Nouveau-Brunswick, la Garde côtière a quitté la Restigouche le 18 avril, pour revenir trop tard aux premiers signes d’inondation, le 20.

Les quatre inondations de 2008 à 2019 à Matapédia ne sont pas comparables à celle de 1994, mais le manque de considération à l’égard des compétences locales a fait renaître dans ce village des inquiétudes qui s’étaient estompées entre 1995 et 2007.

Évacuer d’une résidence 20 personnes âgées de 80 à presque 100 ans à deux heures du matin est déplorable, quand cela aurait pu être évité.

Il est évident que la Garde côtière est sous-équipée pour remplir ses mandats, qu’il s’agisse de déglacer le Saint-Laurent l’hiver, de prévenir certaines inondations le printemps et de ramasser ses bouées l’automne.

Les gens de Matapédia méritent une amélioration de leur situation puisque la technologie existe depuis longtemps. Il serait temps que les élus fédéraux dotent la Garde côtière des outils nécessaires.